Populaire, une histoire d’excès de vitesse
Pour Populaire, son premier long métrage, le réalisateur et scénariste français Régis Roinsard a choisi un sujet pour le moins atypique : les concours de vitesse dactylographique qui faisaient rage dans certains cercles durant les années 1950. Un film sur des filles qui tapent à la machine à écrire? Bien plus que ça, assure-t-il.
Un jour, Régis Roinsard est tombé sur un documentaire traitant des concours de dactylo. Il a d’abord découvert un «sport». Puis un sujet de film. «Je suis une éponge, j’aime apprendre, je suis curieux, explique avec enthousiasme le réalisateur lors de son passage à Montréal. Je ne sais pas pourquoi, mais ce thème m’a fasciné!» Il faut dire que l’objet en tant que tel, la machine à écrire, est le genre de relique qui, visuellement, attire. «On a tous vu ou eu une machine à écrire dans notre vie, remarque-t-il. Et si ce n’est pas nous, c’est notre tante, notre mère ou notre grand-mère qui en possédait une.
Comme c’est un objet qui existe depuis plus de 100 ans, il raconte plein d’histoires. Sur la société en général, sur la société du travail, sur l’industrie… et sur le sport.»
Dans Populaire, on suit le parcours de Rose (Déborah François), une jeune fille qui quitte son village et se fait embaucher comme secrétaire par un vendeur d’assurances macho (Romain Duris). Un homme qui pousse vite la demoiselle, très maladroite, à se réaliser dans un domaine où, selon lui, elle excelle : taper à la dactylo vite, vite, vite. Sous sa gouverne, elle se met à participer à des concours dans lesquels des dizaines de filles s’affrontent pour déterminer qui est la plus rapide. «C’est un film sur la vitesse, car les années 1950 symbolisent cette quête, que ce soit avec les voitures ou l’aviation, explique Roinsard. Aujourd’hui, on est encore là-dedans, avec l’internet, la vitesse de l’information, tout ça. C’était marrant pour moi de montrer que cette course n’a pas commencé hier, mais bien il y a 60 ans.»
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Pour nous plonger dans l’univers coloré de l’époque, Roinsard a fait appel à une esthétique rétro recherchée. Couleurs flash, coiffures soignées, costumes vintage… Les concours de dactylo, quant à eux, sont tournés comme des combats de boxe, dans l’arène, avec les spectateurs qui crient, l’ambiance qui s’échauffe, les deux adversaires qui se zyeutent presque avec haine. «Le plus important, pour moi, c’était le rythme», confie le réalisateur. À ce sujet, il cite en exemple Moulin Rouge, de Baz Luhrmann. Un modèle de rythme, justement. «Moulin Rouge, c’est un film où tout déboule tellement vite que les gens ne s’aperçoivent plus dans quel monde ils sont. Un peu comme dans Populaire.»
Et, malgré le titre de son premier long métrage, malgré les accents légers, Régis Roinsard se défend de n’avoir fait qu’un joli divertissement. «À travers une histoire très amusante, avec de la comédie et de l’amour, j’ai voulu insérer de petites réflexions sur l’émancipation des femmes, le machisme des hommes, le progrès. J’aime les films qui divertissent, qui font réfléchir et qui ne sont pas si roses que ça. D’où le prénom de l’héroïne!»
Populaire
En salle dès vendredi