Culture
03:30 17 octobre 2019

«Douleur et gloire»: tout sur sa mère

«Douleur et gloire»: tout sur sa mère
Photo: Collaboration spécialePenélope Cruz dans «Douleur et gloire», qui prend l’affiche au Québec vendredi.

Penélope Cruz est une habituée des films de Pedro Almodovar. L’actrice a joué dans six longs métrages du maître espagnol, le plus récent étant Douleur et gloire, qui prend l’affiche sur nos écrans vendredi.

Mme Cruz y incarne la mère d’Almodovar dans ce drame semi-autobiographique, qui met aussi en vedette son compatriote Antonio Banderas.  

Métro a rencontré l’actrice de 45 ans en marge du dernier Festival de Cannes, où le film a concouru pour la Palme d’or.

Penélope Cruz, qui est Pedro Almodovar pour vous?

Une référence. Quand j’étais enfant, il était plus qu’un réalisateur pour moi. Je l’admirais parce qu’il était une figure culturelle incontournable en Espagne. Il insufflait un vent de fraîcheur à la société. Il savait comment faire briller les femmes dans différentes situations. Tous ses rôles féminins sont écrits comme un hommage aux femmes. Je ne crois pas qu’il y ait quelqu’un de plus féministe que lui parce qu’il valorise et apprécie les femmes. En tant que scénariste, il travaille autour de ce que c’est que d’être une femme. Il le fait avec dévouement, inspiré par nous. Pour moi, c’est ça, être féministe.

Comment êtes-vous entrée dans la peau de la mère de Pedro?

Je me suis beaucoup renseignée sur les femmes qui ont pris soin de Pedro, sa mère, ses sœurs et même ses voisines, et qui ont eu beaucoup d’influence sur lui. Je me souviens d’une rencontre avec Francisca, sa mère. Je ne savais pas que j’allais par la suite jouer son rôle à l’écran, mais c’était important de comprendre qui il était dans le passé parce qu’on nous demandait toujours pourquoi Pedro créait des personnages féminins si magnifiques. C’est en grande partie attribuable
à sa mère et à leur relation. Je pense que les figures féminines de son cinéma sont nées de cela. Sa mère, de toute évidence, a beaucoup influencé son œuvre.

«Pedro Almodovar crée des personnages féminins inspirants en raison de sa relation avec sa mère.» –Penélope Cruz, à propos de son réalisateur fétiche. L’Espagnole a joué dans six films du cinéaste: En chair et en os, Tout sur ma mère, Volver, Étreintes brisées, Les amants passagers et Douleur et gloire.

Pedro a souvent choisi des rôles de mère pour vous.

Depuis le jour où je l’ai rencontré quand je n’avais que 17 ans, il m’a toujours dit qu’il me voyait comme une mère. Jeune, j’étais une fille qui désirait avoir des enfants et il l’a vu. J’ai toujours eu un instinct maternel très développé. Je suis une mère dans quatre des films que j’ai tournés avec lui.

Avez-vous changé après être devenue une mère?

Dès le moment où vous devenez une mère, tout change. Durant les premières secondes, vous replongez en enfance et vous le faites avec une vision différente. C’est un regard du cœur beaucoup plus qu’un regard mental. Vous revivez certaines expériences que vous aviez oubliées et ça vous ouvre les yeux.

Douleur et gloire est un film qui traite des dépendances. Quelle est la vôtre?

Ma famille. Je peux garder les deux pieds sur terre grâce à mes enfants. Nous avons la chance, comme acteurs, de repartir sans cesse de zéro. Chaque film est une aventure qui nous fait sentir jeunes. Nous sommes constamment en apprentissage.

Êtes-vous une de ces actrices qui doit toujours travailler?

Pas forcément. J’ai une vie en parallèle, j’ai ma famille. Mon travail n’est pas tout. Plus jeune, j’étais beaucoup plus dépassée par le phénomène, mais aujourd’hui, c’est différent. Je n’ai plus ce besoin de tourner quatre films par année. Il fut un temps où j’étais dépendante du travail, mais j’ai appris à me calmer et à comprendre chacun des petits détails dans mes rôles. Je suis beaucoup plus patiente maintenant.

Que pensez-vous du titre Douleur et gloire?

Nous avançons tous dans la vie avec un bagage rempli de douleur et de gloire. Ce film se veut un cercle qui nous incite à faire la paix avec notre passé.

Comment décririez-vous votre relation avec Almodovar?

Nous sommes de très bons amis. Notre sensibilité est très similaire. On s’entend très bien. C’est quelqu’un en qui j’ai grandement confiance. C’est essentiel qu’il n’y ait pas de secrets dans une relation entre un acteur et un réalisateur. Tout est toujours clair entre nous. En tant que réalisateur, il est très précis. Je n’étais présente que deux semaines durant ce tournage et il m’a aidée à m’adapter au calendrier. Je l’adore parce que même si on n’a pas travaillé ensemble depuis plusieurs années, on est sur la même longueur d’onde.

Votre première collaboration remonte à 1996…

Il fait partie de ma vie depuis mon enfance, parce que je l’admire depuis ce temps. Ces films ont été un point marquant dans ma décision d’être une actrice. Je me sens comme une actrice accomplie à ses côtés. Il me complète avec sa créativité.