Richard Séguin: en avant, marche!
Une lueur de fierté brille dans les yeux de Richard Séguin alors qu’il feuillette le livret d’Appalaches, pour en expliquer chaque chanson à la journaliste : «Excuse-moi, je t’envoie tout en vrac! Je suis ben excité, c’est la première fois que je vois le produit final!» Métro a discuté avec l’artiste qui, après presque 40 ans de carrière, aborde toujours un nouvel album comme si c’était le premier.
Vous dites que les chansons d’Appalaches ont d’abord été marchées. Où a commencé cette marche vers l’album?
Ça fait presque 38 ans que toutes mes chansons prennent naissance dans un petit village des Appalaches. Pour la première fois, j’avais vraiment envie que mon album soit inscrit dans le territoire, cet endroit où je me retrouve, où j’écris, où je marche. Je suis convaincu que le paysage influence la façon d’écrire, laisse une trace dans les chansons. La marche, c’est une métaphore très naturelle du mouvement de la vie; et la symbolique de la marche est présente dans presque toutes les chansons. Pas seulement au sens figuré; une fois que j’avais fini un texte, j’allais marcher, et la musique me venait.
Quelle pièce est venue en premier?
C’est In God We Trust qui a démarré le projet. Quand Luce Pelletier, du Théâtre de L’Opsis, a créé la fin de sa «trilogie étasunienne», elle avait demandé à trois auteurs-compositeurs, dont à moi, de donner leur point de vue sur les Amériques. Je savais que c’était une bonne chanson et que je la réutiliserais un jour! Elle a donc été le levier qui m’a permis de démarrer le projet.
Appalaches est un album très intimiste et acoustique. Avez-vous fait ce choix parce que ça collait avec la thématique?
Après la tournée de Lettres ouvertes, mon dernier album de compositions, j’ai continué à tourner avec seulement Hugo Perreault à la guitare. Il a fallu adapter le répertoire pour le jouer à deux; on a développé un son et j’ai eu envie de poursuivre dans cette veine avec Appalaches, de faire l’album seulement avec Hugo, un disque voix et guitare, très folk. Je voulais que les mots priment sur tout.
Le secret de la longévit
Près de 4 décennies de carrière, 17 albums et toujours présent : comment un artiste demeure-t-il pertinent aussi longtemps?
«J’oublie chaque fois ce que j’ai fait avant, révèle-t-il. Ce que tu as fait avant, tu le portes en toi. Et puis, quand tu abordes un nouvel album, il ne faut pas penser à la façon dont ça va être reçu. J’aime l’imprévu, me laisser surprendre. Il faut rester ouvert. C’est ça qui est beau. Ça serait décevant de ne suivre que sa volonté et de ne pas laisser place à son inconscient.» Une longue période sans création ne lui fait plus peur, non plus. «Quand j’étais plus jeune, ça m’insécurisait, mais maintenant je sais que ça peut prendre du temps, dit-il. Et puis, il n’y a pas deux albums pareils, chacun a son histoire.»
Appalaches
En magasin dès mardi