Yael Naim: la langue de la musique
Après avoir raflé le titre d’interprète féminine de l’année aux dernières Victoires de la musique avec son deuxième opus, She Was a Boy, l’artiste d’origine israélienne lance celui-ci au Québec. La chanteuse présente un disque aux influences musicales éclectiques sur lequel elle a abandonné l’hébreu de son album éponyme.
Pourquoi l’anglais s’est-il imposé pour cet album plutôt que l’hébreu ou le français? La langue va-t-elle de pair avec ce qu’on veut exprimer?
Quand je composais le premier album, j’ai vécu une période un peu spéciale. J’étais à Paris depuis quatre ans, et avant, je n’écrivais qu’en anglais. Et au bout de quatre ans, mon copain israélien m’a quittée. Et écrire en hébreu, c’était une manière pour moi de reconnecter avec quelque chose que j’avais perdu. Et pour le deuxième, j’ai pas fait exprès, c’est revenu à l’anglais. Je ne sais pas pourquoi. Toute la musique que j’écoutais en Israël était en anglais. Je parle aussi en hébreu, à Paris, en français… J’ai un rapport différent avec chaque langue. L’anglais, c’est vrai que c’est plus la langue de la musique.
Il s’est passé trois ans entre la sortie de vos deux albums : est-ce que vous étiez fébrile à l’idée de repartir en tournée?
Ça me fait encore plus plaisir pour la deuxième tournée, parce que j’ai l’impression d’avoir appris beaucoup de la première. J’avais envie de changer certaines choses, de m’entourer d’amis très proches. Pour la musique, on a pu aller encore plus loin dans les arrangements sur scène et avoir plus de place pour l’improvisation.
Ressentiez-vous une certaine pression, à la suite du succès de votre premier opus?
Ce qui m’inquiétait, c’était qu’on me demande un deadline, ou qu’on n’arrive pas à se remettre dans un état d’intimité avec la musique, parce qu’il n’y aurait plus assez de liberté. J’étais un peu stressée au début, mais comme on a mis deux ans à écrire, au bout de quelques mois, j’ai retrouvé ma vie normale et le stress est parti. On a donc pu composer notre musique comme on
aime le faire.
Pourquoi ce titre : She Was a Boy?
C’est le titre d’une de mes chansons, qui parle d’une femme qui est différente de son entourage et qui est donc rejetée. Et je me suis rendu compte que l’album en général parlait beaucoup de la différence. On commence à essayer d’apprendre à se connaître sans préjugés, donc on découvre qu’on est fait de parties vraiment géniales et de parties sombres, et que c’est complexe qui on est. Et que, si on veut assumer qui on est, il faut savoir qu’on n’est pas entièrement clean et qu’on n’est pas à 100% ce que les gens attendent de nous. Ça fait partie du processus de s’accepter soi-même, et si on s’accepte soi-même, on peut accepter l’autre dans sa différence.