Culture
15:02 23 décembre 2020 | mise à jour le: 23 décembre 2020 à 15:06 temps de lecture: 4 minutes

Ben Harper, Martin Gore…Quand les albums instrumentaux donnent de la voix

Ben Harper, Martin Gore…Quand les albums instrumentaux donnent de la voix
Photo: Capture d'écran YouTubeChez Ben Harper, l'embarquement se fait sur les cordes de la guitare lap-steel -- jouée à plat, posée sur les genoux -- faite sur mesure pour «Winter is for lovers», son premier instrumental.

Hasard du calendrier, une belle collection automne-hiver d’albums instrumentaux se dévoile en cette fin 2020, incursion inattendue chez Ben Harper et nouvelles embardées du genre chez Martin Gore (Depeche Mode) ou Pascal Comelade.

Ces disques collent parfaitement à une ère mise sous cloche par le Covid-19. «On peut profiter du confinement, période propice pour chercher des réponses, pour avancer sur l’idée d’une autre musique, d’une nouvelle musicalité, décrypte pour l’AFP Belkacem Bahlouli, rédacteur en chef de Rolling Stone France. Il y a quelque chose de l’ordre d’une musique de la sphère céleste».

Chez Ben Harper, l’embarquement se fait sur les cordes de la guitare lap-steel — jouée à plat, posée sur les genoux — faite sur mesure pour Winter is for lovers, son premier instrumental (chez Anti-Records/Pias).

Le Californien a modelé une musique «assez profonde pour que chacun puisse y voir son propre parcours», selon les notes d’intention transmises par son label. Il y cartographie son itinéraire, de la boutique d’instruments de ses grand-parents — fréquentée par des mythes comme Ry Cooder, Leonard Cohen, Taj Mahal ou Jackson Browne — aux endroits visités, et identifiés par les titres, d’Istanbul à Toronto. Sans oublier Bizanet, commune de l’Aude (sud de la France) dont le lavoir avait charmé le musicien-bourlingueur dans ses jeunes années (il a 51 ans aujourd’hui).

Vidéos de skaters chez Ben Harper

Pour que sa musique sonne toujours en mouvement, Harper a invités des skaters à lui soumettre des vidéos d’eux, au rythme de ses morceaux, sélectionnant les meilleures à ses yeux sur ses réseaux.
Le tempo est encore plus lent, parfois hypnotique, chez l’Américaine Adrianne Lenker, chanteuse et leader du groupe Big Thief, qui a livré le bien nommé Instrumentals, en complément d’une autre production solo, tout aussi sobrement intitulée Songs (qui contient donc, cette fois, des chansons).
Le tout a été composé en avril dans une étroite cabane — décor d’un autre confinement — dans les montagnes de l’Ouest du Massachusetts. «La pièce unique était comme l’intérieur d’une guitare, avec les notes se réverbérant dans cet espace», décrit l’artiste dans les éclairages relayés par son label (4AD).

Moins éthéré, plus abrasif et inquiétant, Martin Gore, tête pensante de Depeche Mode, reprend une voie de dégagement instrumentale en solo. Son single, Mandrill, vient d’être lâché en éclaireur d’un mini-album, The third chimpanzee (Mute/Pias), prévu pour 2021. Rien d’étonnant pour celui qui fut happé par le Berlin underground des années 1980 et avait déjà sorti un album instrumental en 2015 (MG).

«Des rails en mou de veau»

Plus imprévisible, à la manière d’un fleuve capricieux, voici Le cut-up populaire de Pascal Comelade (Because), stakhanoviste de l’instrumental. Les titres des morceaux fleurent bon les échappées à la Boris Vian: Des rails en mou de veau, Roll over Fuzmanchu ou L’horizon perdu du cornet à gidouille. Et, comme toujours chez le Catalan, la musique aimante, avec ses reflets changeants, entre rock à échardes, B.O. sixties veloutée et autre fanfare déviante.

Parmi l’équipage convié pour cette traversée, on repère Lionel et Marie Liminana, flibustiers de la scène garage aux collaborations cinq étoiles (avec Etienne Daho ou Peter Hook, le bassiste de Joy Division et New Order, et bientôt Laurent Garnier).

«Rencontrer Pascal, ça a changé beaucoup de choses, raconte Lionel Liminana à l’AFP. On vient avec Marie de la scène garage, avec une logique de groupe, des groupes qui finissaient toujours par splitter et on avait fini par être un peu frustrés de tout ça. Mais en travaillant avec Pascal, on a vu qu’on n’était plus obligés de partir du groupe, qu’on pouvait maitriser le truc de A à Z, liberté qui n’empêche pas de bosser avec d’autres personnes».

Articles similaires