Wunderkammer: quand le corps exulte
Pas de filet, pas de cordes, pas de costumes et aucun personnage; la compagnie australienne Circa ne jette pas de poudre aux yeux des spectateurs dans son dernier spectacle, Wunderkammer, présenté en première nord-américaine dans le cadre de Montréal complètement cirque. Les sept artistes qui forment la troupe mettent plutôt de l’avant la performance du corps, dont ils essaient constamment de repousser les limites.
«Depuis un moment, la plupart des compagnies de cirque tentent d’intégrer une histoire, une ligne directrice à leur spectacle, observe Darcy Grant, l’un des acrobates de Circa. Notre directeur artistique, Yaron Lifschitz, n’aime pas ça du tout; il croit que ça amoindrit l’expérience circassienne. On préfère de loin suggérer des choses et laisser au public le soin d’imaginer sa propre histoire. À notre avis, ça nous permet de toucher les gens plus profondément.»
En allemand, Wunderkammer signifie «chambre des merveilles». «C’est quelque chose que les gens riches possédaient autrefois en Europe, explique Darcy Grant. C’était un signe d’opulence; plus les choses qu’on trouvait dans la Wunderkammer étaient étranges, mieux c’était.»
À la manière de cette «chambre des merveilles» où l’on trouve des objets éclectiques, le spectacle de Circa est tissé d’éléments disparates. Inspiré du vaudeville et du burlesque, il se promène entre la poésie et les acrobaties.
«On essaie toujours de faire de nos spectacles quelque chose de nouveau, d’indéfinissable, explique l’acrobate. C’est la raison pour laquelle on mêle autant de styles différents, de la même manière qu’un peintre utilise beaucoup de couleurs pour créer une belle peinture. Il faut trouver un équilibre, le bon mélange pour faire rire, pleurer et tout ce qui se trouve entre les deux.»
Et pour provoquer de telles émotions, les sept artistes n’hésitent pas à utiliser «l’illusion du danger» : c’est sans filet ni protection aucune que le groupe exécute ses prouesses physiques. «On pense sans arrêt à des pirouettes impossibles, affirme Darcy Grant. C’est nécessaire. Si on ne pousse pas la pensée au-delà de la première réaction, qui consiste à croire qu’ une idée est impossible à réaliser, tout demeure beaucoup trop prudent. On est constamment en train de se mettre en danger, de rêver à de nouveaux trucs qu’on pourrait essayer.»
L’adrénaline procurée par le danger ne joue-t-elle pas un rôle dans cette quête perpétuelle du dépassement? Bien sûr, concède l’artiste en riant : «C’est une sorte de dépendance. On sait qu’on ne pourra pas faire ce travail pour toujours, et ça rend fier de savoir que son corps peut faire ce genre de choses. On a toujours envie de le pousser encore plus loin, pour voir jusqu’où il ira. Certains le font avec les drogues dures; nous, c’est avec les acrobaties!»
Wunderkammer
À la TOHU
Du 7 au 16 juillet