Culture
07:10 30 mars 2021 | mise à jour le: 30 mars 2021 à 16:26 temps de lecture: 5 minutes

«L’amour est un dumpling», et n’a pas dit son dernier mot

«L’amour est un dumpling», et n’a pas dit son dernier mot
Photo: Danny Taillon/Collaboration spécialeSimon Lacroix et Nathalie Doummar dans «L'amour est un dumpling»

La comédie L’amour est un dumpling revient dans une version inédite au théâtre Duceppe. Nathalie Doummar et Simon Lacroix reprennent ainsi les rôles des deux anciens amoureux Claudia et Marc. Avant-goût.

«Ils vécurent heureux et eurent beaucoup d’enfants»… Bien loin d’un conte de fées galvaudé et désuet, Claudia et Marc se donnent rendez-vous pour un souper sept ans après leur rupture, car celle-ci a une demande à formuler. Les amateurs de théâtre reconnaîtront dans ces quelques mots L’amour est un dumpling, qui s’est joué lors des 5 à 7 de La Licorne en 2017.

Quatre ans après, les auteurs de la pièce Nathalie Doummar et Mathieu Quesnel (aussi metteur en scène) ont donc remis le couvert et proposent une mouture bonifiée d’une heure et demie.

«L’écriture a été rapide, car ce sont des personnages que nous connaissons bien, avec leur rythme et leur tempérament. Lors des lectures, Simon a été un œil extérieur très important. Il nous a beaucoup aidés à rendre l’ensemble plus précis», explique la dramaturge et comédienne, qui salue «un beau travail d’équipe».

«C’était épeurant au début, car nous nous sommes demandé comment faire pour greffer un nouveau morceau. Finalement ça a très bien marché, et cette partie est peut-être ma préférée», confie à son tour Simon Lacroix.

Une comédie mélancolique

Si L’amour est un dumpling a été pensé comme un instant feel-good, il n’empêche que la nostalgie plane au-dessus du duo confortablement attablé. «C’est une comédie, mais il y a quelque chose de déchirant puisque c’est un amour impossible qui se ravive le temps d’une soirée», évoque l’acteur.

Selon la coautrice, l’origine de la mélancolie réside dans le rapport que beaucoup entretiendraient avec le passé. «Nous ne voulons plus nous y accrocher. Moi j’aspire à cela, mais c’est sans doute un défi pour une bonne partie de la population», poursuit-elle.

«Nous nous sommes concentrés sur l’effervescence qu’il y a entre Claudia et Marc, l’excitation de leurs retrouvailles. La tristesse s’est toutefois déployée d’elle-même.» – Nathalie Doummar

Parce que l’histoire met en scène deux trentenaires, il est aussi question du passage à l’âge adulte et, immanquablement, des renonciations qui en émane. Avec une famille de quatre enfants, une maison en banlieue et un peu de bave de bébé séchée sur l’épaule, le personnage incarné par Simon Lacroix en est un bon exemple. «Il s’ennuie beaucoup dans cette vie-là, et il trouve que c’est difficile. Cet amour de jeunesse est également associé à un moment plus fou, celui qui vient avant les responsabilités.»

Alors que Marc et Claudia s’accordent «une bouffée d’oxygène» hors de leur quotidien respectif, Nathalie Doummar trace une ligne entre le spectacle et notre société qui «vit pour les plaisirs immédiats et veut tout avoir».

«Nous sommes tellement privilégiés. L’idée de faire le deuil de certains aspects est complexe. Mais c’est aussi ce qu’il y a de beau dans les choix, de s’engager pour quelque chose et forcément dire non à une autre», songe-t-elle.

L’amour est un dumpling servi par la Dame

Heureusement, la musique est là pour soulager les âmes en peine et faire «accepter le côté tragique de la vie». Simon Lacroix indique de fait que L’amour est un dumpling est ponctué de performances musicales live faites pour «panser les plaies et mettre du baume au coeur». Rappelons que l’ancien couple fictif a parcouru l’Asie avec leur band pour une tournée, d’où le choix du lieu.

Il s’agit également d’une belle occasion de revoir Zhimei Zhang, 86 ans, sur les planches. Cette comédienne non professionnelle d’origine chinoise fait partie de l’aventure depuis le début, sous les traits de la Dame du restaurant.

«Nous l’admirons beaucoup! s’enthousiasme-t-il. Nous la trouvons vraiment bonne, et ça fait du bien de voir quelqu’un en dehors des acteurs habituels du théâtre». Les deux artistes se réjouissent de cette expérience de jeu «très rafraîchissante et très inspirante» à ses côtés.

«Zhimei Zhang a écrit deux livres. Le premier parle de son histoire pendant la révolution culturelle en Chine. Elle vient d’une famille éduquée qui a été séparée dans des camps. C’est un récit intense. Le second raconte quant à lui de son intégration au Canada.» – Simon Lacroix

À la veille de la première, l’impatience de faire des représentations en public est palpable chez les deux complices. Alors que Simon Lacroix s’avoue «choyé» de participer à la reprise des spectacles à Montréal, Nathalie Doummar laisse néanmoins paraître une pointe de nervosité après une année d’interruption. Le maneki-neko (traditionnelle statue de chat porte-bonheur, NDLR), lui, veillera depuis son étagère.

Du 31 mars au 22 avril au Théâtre Duceppe, aussi disponible en webdiffusion.

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