La Gerrymanie arrive à Montréal
Il y a quelques mois, France Castel a pris soin d’avertir son bon ami Mario Saint-Amand. «Elle m’a dit : « Prépare-toi parce que ça va être un tsunami Gerry »», rapporte l’acteur de 43 ans.
L’animatrice avait vu juste. Depuis plusieurs semaines, le long métrage d’Alain Desrochers sur la vie du chanteur d’Offenbach occupe toutes les tribunes médiatiques : entrevues à la radio, apparitions dans les talk-shows, topos dans les bulletins de nouvelles, articles dans les journaux… Le tout, avant même d’avoir pris l’affiche.
«Un phénomène comme celui-là, c’est la première fois que je vis ça, dit l’acteur d’expérience, attablé dans un bistro de la rue Saint-Denis où Gerry Boulet avait l’habitude de se produire. Ça dépasse tout entendement.»
La tournée de promotion accompagnant la sortie du long métrage est colossale. Après avoir débuté avec tambour et trompette à Saint-Jean-sur-Richelieu la semaine dernière, elle s’est arrêtée à Ottawa, Gatineau, Granby, Sherbrooke, Québec, Saint-Nicolas, Chicoutimi, Roberval, Cap-de-la-Madeleine et Shawinigan.
Elle se terminera lundi prochain à la Place des Arts, la veille d’un spectacle hommage à Gerry Boulet organisé dans le cadre des FrancoFolies de Montréal. Un grand concert auquel participeront Éric Lapointe, Martin Deschamps, Jonas et Bobby Bazini.
Pour Nathalie Petrowski, qui signe le scénario du drame biographique, cet engouement témoigne de l’importance de l’héritage laissé par le rockeur. «Gerry est toujours vivant dans le cœur des gens, observe-t-elle. Ça fait 20 ans qu’il est mort, mais ses tounes continuent de jouer à la radio. Il est encore très présent.»
Mario Saint-Amand a pris le taureau par les cornes quand il a décroché le rôle du célèbre chanteur à la voix rauque. Il a retenu les services d’un professeur de chant, de piano et, surtout, d’un entraîneur physique. Car pour survivre à l’horaire de tournage qui l’attendait (des journées éreintantes débutant à 4 h du matin en salle de maquillage), le comédien devait retrouver la forme, et ce, même s’il incarnait un personnage qui, lui, ne respirait pas la santé. «Je ne voulais pas faire de poids et haltères. Je ne voulais pas grossir parce que Gerry et moi, on est pareils : on pèse 135 lb mouillés!» s’exclame Saint-Amand.
Gerry relate la vie de Gérald Boulet, une vie menée à fond de train : de son enfance sur le Rive-Sud de Montréal à son mariage avec Françoise Faraldo, en passant par la fondation d’Offenbach (1969) et la parution de son premier (et unique) album solo, Rendez-vous doux (1988). Le long métrage montre les hauts (une messe des morts à l’Oratoire Saint-Joseph devant 5 000 initiés; un concert au Forum devant 10 000 personnes), mais aussi les bas du parcours de ce fils de camionneur (discorde au sein du groupe, dépendance à l’alcool et aux drogues).
Alain Desrochers (Nitro, Cabotins) n’a jamais eu l’intention de parler des différents vices du rockeur pendant deux heures. «C’est trop facile : c’est comme aller à Amsterdam et faire un documentaire sur le cannabis! dit le réalisateur. Dans le film, on voit qu’il consomme et qu’il a ruiné sa vie à force de s’exploser la tronche, mais il n’y a pas juste ça. On montre ses calvaires, ses travers, ses amours et son combat.»
Même son de cloche du côté de Nathalie Petrowski (Maman Last Call), qui ne voulait pas bafouer en toute impunité l’admiration que le public voue à l’icône. «Des fois, on n’a pas besoin de souligner à gros traits, note-t-elle. Ce n’est pas un film « sexe, drogue et rock’n’roll » trash où tout le monde vomit en permanence. On a évité les clichés et c’est très bien comme ça.»
Résumer 44 années en 135 minutes n’est pas une mince affaire, et le tandem en est conscient. Desrochers sait que son œuvre déplaira à certains membres de l’entourage de Gerry, sans doute frustrés ou déçus de leur exclusion du long métrage. «Quand Oliver Stone a sorti The Doors, tous les proches du groupe ont renié le film, rappelle le cinéaste. Je m’attends à des commentaires négatifs, mais j’assume à 100 % ce qu’on a fait. J’avais des complices sur le plateau : Françoise Faraldo, Denis Boulet, Breen Lebœuf, John McGale… À l’exception de Marjo, j’ai rencontré tous les gens qui apparaissent dans le film.»
Maudite cigarette!
Une forte odeur de cigarette devait régner sur le plateau de tournage de Gerry. En effet, chacune des scènes du film semble montrer des personnages qui fument comme des cheminées. Selon ses dires, Mario Saint-Amand pouvait passer au travers de deux paquets par jour durant cette période. «On avait la langue brûlée tellement on fumait!» blague-t-il.
Une fois le tournage terminé, par contre, le comédien n’entendait pas à rire quand les médecins lui ont révélé qu’ils avaient décelé des taches sur ses poumons. «J’ai commencé à capoter. J’étais sûr que je m’étais tapé un cancer», raconte l’hypocondriaque avoué. Au final, plus de peur que de mal. Des tests ont démontré qu’il ne s’agissait pas d’une tumeur, mais plutôt d’une réaction liée à son asthme.
Gerry vs Dédé
Nathalie Petrowski a réagi fortement la première fois qu’elle a vu Dédé à travers les brumes, le long métrage de Jean-Philippe Duval sur la vie du chanteur des Colocs. La journaliste, qui planchait sur le scénario de Gerry, craignait de ne pas être à la hauteur. «En sortant du cinéma, j’étais dans un état de panique absolue, raconte-t-elle en riant. J’ai dit : « Oh mon Dieu, on est cuits! »»
Dédé à travers les brumes a élevé la barreen ce qui a trait aux biopics à saveur musicale, note Christian Larouche, producteur de Gerry. «On a retravaillé le scénario, dit-il. Dédé montrait tout l’amour que l’artiste avait pour sa musique. C’est ce qui manquait dans notre version.»
Quand on lui demande de comparer les deux œuvres, Nathalie Petrowski s’emballe : «Je dirais que le nôtre est – à l’image de Gerry – plus grand public. J’aimais Les colocs, mais il y avait un côté urbain très métissé qui représente le Montréal des années 1990-2000.»
Gerry
En salle dès mercredi