Culture
05:53 29 juin 2021 | mise à jour le: 29 juin 2021 à 07:08 Temps de lecture: 5 minutes

Festival Sight + Sound: l’espace numérique sous la loupe des artistes

Festival Sight + Sound: l’espace numérique sous la loupe des artistes
Photo: Gracieuseté Eastern BlocL'oeuvre «Exodus» de Jakyung Lee

La 11e édition du Festival international d’art numérique Sight + Sound prend son envol. Le rendez-vous annuel de la galerie Eastern Bloc s’intéresse à la définition de l’espace dans un monde post-internet et post-pandémique. Seize artistes canadiens et étrangers prennent part à la réflexion.

Les commissaires Erandy Vergara et Tina Sauerlaender ont sélectionné des œuvres d’art, des vidéos et des jeux vidéo qui explorent des espaces au-delà des notions cartésiennes. «La plupart des œuvres défient les lois de la physique, explique Cían Walsh, nouveau directeur artistique du Eastern Bloc. Elles explorent des formats atypiques d’exposition qui vont bien au-delà des quatre murs d’une galerie.»

Si Sight + Sound explore l’art numérique depuis plus de dix ans, la discipline s’est tout récemment déplacée de la scène marginale fringe vers des audiences plus vastes. Ce mouvement s’est opéré au même rythme que les écrans se sont imposés au quotidien.

«La pandémie a suscité beaucoup d’engouement pour le Net art. De plus en plus d’artistes de cette pratique font les manchettes, parce que les gens s’y identifient plus que jamais.»

Cían Walsh, directeur artistique du Eastern Bloc

L’expérience Sight + Sound

L’ensemble des pièces exposées s’éloignent du réalisme ou l’abordent de manière critique. Les artistes posent des questions sans chercher à fournir des solutions linéaires à travers des expériences immersives et multidimensionnelles. 

L’œuvre Exodus du créateur coréen Jakyung Lee offre un bel exemple de cette thématique. Ce dernier a assemblé des images satellites de personnes partageant des moments intimes sur une plage. À l’aide du curseur, les visiteurs sillonnent les lieux à vol d’oiseau et contemplent les plaisanciers insouciants tout en écoutant le bruit des vagues. 

«C’est fascinant comment ces moments sont à la fois égarés dans notre mémoire et récoltés par des caméras dont nous ne sommes même pas conscients de l’existence. L’œuvre ouvre brillamment une conversation sur la collecte des données par les géants du numérique», commente Cían Walsh. 

Mardi à 19h, l’artiste torontoise Ronnie Clarke ouvre le bal avec une performance participative Zoom où les internautes seront invités à explorer leur propre maison. «C’est une sorte de méditation en groupe sur le mouvement. On interagit de manière créative avec les objets de la vie quotidienne et avec nos claviers, le tout de façon complètement anonyme», décrit Cían Walsh. 

Une série d’invitations à l’action seront semées en parallèle sur les médias sociaux de Eastern Bloc. La plupart des performances réalisées pendant le festival seront disponibles en différé par la suite. 

Un regard allemand et intergénérationnel

Grâce à une collaboration avec l’Institut Goethe de Montréal, le festival se dote d’une perspective allemande en invitant la commissaire berlinoise Tina Sauerlaender et deux autres artistes. Olia Lialina, pionnière russe du Net art, fera aussi partie des exposants internationaux marquants. Cette dernière a notamment fondé le site Art Teleportacia, un des premiers sites d’exposition virtuelle.

«C’est important pour nous de créer une relation intergénérationnelle entre les artistes. Le virage virtuel a peut-être eu lieu depuis peu, mais cela fait des années que les artistes travaillent avec le médium numérique», indique Alicia Turgeon, nouvelle directrice générale du Eastern Bloc. Des entrevues approfondies avec les commissaires et les artistes seront publiées au cours du mois de juillet sur les réseaux sociaux de la galerie.

Une exposition de poche 

Les nouveaux directeurs de Eastern Bloc sont bien conscients que la population éprouve une fatigue du virtuel. C’est pourquoi ils ont choisi d’étaler l’exposition sur deux mois. Les visiteurs peuvent ainsi absorber l’exposition à leur propre rythme sans accumuler trop de temps d’écran. À la manière d’un médiateur culturel, chaque œuvre sera précédée d’un point d’entrée comportant des explications et de la mise en contexte sur la démarche artistique. 

«C’est une forme d’engagement complètement différente qu’une exposition qui dure quelques jours. Pendant deux mois, les visiteurs peuvent voir et revoir les œuvres au fil du temps», considère Alicia Turgeon. 

«Nous conseillons aux visiteurs de prendre leur temps en admirant une seule œuvre tous les deux jours», invite Cían Walsh. 

L’accès à l’exposition est gratuit. Or, les visiteurs peuvent faire une contribution volontaire afin de valoriser le travail des artistes émergents. Les fonds récoltés serviront à financer les cachets des créateurs lors de la prochaine édition du festival en 2022. 

Festival Sight + Sound jusqu’au 31 août

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