Culture

Serge Bouchard et Fanny Britt lauréats des Prix littéraires du GG

Serge Bouchard Photo: Chantal Lévesque/Métro

L’écrivain et anthropologue Serge Bouchard, décédé en mai dernier, remporte à titre posthume le Prix littéraire du Gouverneur général dans la catégorie Essais pour son livre Du diesel dans les veines, signé à quatre mains avec Mark Fortier. Fanny Britt reçoit le même honneur dans la catégorie Romans et nouvelles pour Faire les sucres.

«Je sais qu’il aurait été vraiment content de gagner ce prix avec ce livre», soutient Mark Fortier, coauteur de Du diesel dans les veines et éditeur chez Lux.

Serge Bouchard s’était réjoui de remporter la même distinction en 2017 pour son essai Les yeux tristes de mon camion (Boréal). «Serge était un homme de parole, un conteur fabuleux, un grand animateur de radio, mais il accordait énormément d’importance à l’écriture», mentionne son complice.

Lui-même se montre heureux de cette prestigieuse récompense. «D’autres excellents livres auraient pu gagner. Ça me touche que le jury se soit entendu pour dire que ce texte avait une valeur particulière.»

Serge m’avait déjà fait un beau cadeau en me laissant jouer avec ses camions, en me prêtant ses jouets! En gagnant ce prix, je réalise que c’était un cadeau plus gros que je pensais.

Mark Fortier, coauteur de Du diesel dans les veines

Du diesel dans les veines est l’adaptation littéraire de la thèse de doctorat de Serge Bouchard sur les camionneurs, qu’il a réalisée dans les années 1970. Cet ultime ouvrage de l’anthropologue chouchou des Québécois nous plonge dans l’univers des «truckeurs» en explorant avec poésie différentes facettes de leur quotidien.

Selon Mark Fortier, la force de cet essai est «de raconter la beauté du monde et de parler de thèmes qui ont une portée universelle comme la solitude, la liberté ou le rapport à la culture en parlant d’asphalte, de waitress, de pneus et de moteurs.»

«Tout devient un peu magique avec Serge. Il avait une capacité incroyable de saisir l’humanité dans la moindre parcelle de réalité», poursuit-il, toujours aussi admiratif de son collègue et ami parti trop vite.

Fanny Britt heureuse et surprise

Fanny Britt
Fanny Britt

L’autrice et dramaturge Fanny Britt dit quant à elle accueillir avec humilité et surprise le Prix littéraire du GG pour son roman Faire les sucres, publié au Cheval d’août. «Le livre est sorti depuis un an, il n’était apparu sur aucune liste, donc je suis vraiment très étonnée!» raconte-t-elle.

L’écrivaine dit entretenir un «rapport complexe» avec les récompenses littéraires, elle qui en a remporté quelques-unes, dont le Prix du GG en théâtre pour la pièce Bienveillance, en 2013.

«Je suis ravie et vraiment contente et, en même temps, je ressens un peu de gêne et de culpabilité. Est-ce que ce n’est pas quelqu’un d’autre qui mérite cette place?» se demande-t-elle.

J’essaie d’accueillir ce prix avec humilité en sachant que ça n’arrive pas souvent dans une vie.

Fanny Britt, autrice de Faire les sucres

Cette récompense dans la catégorie Romans et nouvelles revêt une importance toute particulière pour l’autrice: «Le roman, c’est comme le club auquel on rêve d’appartenir quand on est au secondaire, mais dont on pense qu’on n’a pas ce qu’il faut pour y entrer! On dirait que ce prix est une petite fenêtre qui me permet de voir l’intérieur de ce club», illustre-t-elle en riant.

Faire les sucres raconte la dérive d’Adam et Marion, un couple au tournant de la quarantaine à qui tout souriait jusqu’à ce qu’un accident survenu en voyage ouvre une brèche de laquelle s’échappent des sentiments refoulés.

Le récit traite avec finesse de la misère des riches. «Quand je crée mes personnages, ils partent toujours d’un travers que j’ai peur d’avoir ou que mon milieu de vie me pousse à avoir, que ce soit au niveau de la consommation, du déni, de l’individualisme, avance Fanny Britt. Pour Faire les sucres, j’explorais vraiment l’idée de ce qu’on peut faire ou pas avec nos privilèges. À quoi ça sert d’en avoir, si ce n’est pas pour faire avancer les choses?»

Financés et administrés par le Conseil des arts du Canada, les Prix du GG récompensent chaque année les meilleurs livres publiés au pays. Chaque lauréat remporte 25 000 $ tandis que les éditeurs gagnants et les finalistes reçoivent respectivement 3000 $ et 1000 $.


Et les lauréats des Prix littéraires du Gouverneur général sont…

Romans et nouvelles: Faire les sucres – Fanny Britt (Le Cheval d’août)

Essais: Du diesel dans les veines – Serge Bouchard et Mark Fortier (Lux Éditeur)

Poésie: Pendant que Perceval tombait – Tania Langlais (Les Herbes rouges)

Théâtre: Copeaux – Mishka Lavigne (Les Éditions L’Interligne)

Littérature jeunesse – texte: Les avenues – Jean-François Sénéchal (Leméac éditeur)

Littérature jeunesse – livres illustrés: À qui appartiennent les nuages? – Mario Brassard et Gérard DuBois (Les Éditions de la Pastèque)

Traduction: Poèmes 1938-1984 – traduit par Marie Frankland de The Collected Poems d’Elizabeth Smart (Éditions du Noroît)

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