Culture

«La sueur est un désir d’évaporation»: Madame préfère la course

L'écrivaine Anne Genest
L'écrivaine Anne Genest Photo: Julia Marois / Courtoisie Libre Expression

Lorsque son épouse Jacinthe commence à s’adonner à la course à pied, Bernard, ex-libraire qui vient de vendre son commerce, se retrouve complètement déboussolé.

Pendant que sa compagne s’émancipe, se raffermit le popotin, gagne en énergie et en ambition, lui s’emmure dans l’ennui, épaissit de bière et d’inaction, méprisant au passage le petit chat qui cohabite avec eux et qui devient ennemi plutôt que distraction.

Et il rage. Bernard fulmine de constater que sa douce (du moins, elle fut douce jadis) moitié trouve un nouveau sens à sa vie au gré des kilomètres de bitume avalés en espadrilles. Il voit venir l’inévitable. Jacinthe voudra le quitter. Le trompe-t-elle avec un ou des membres de son club de course? Pourquoi change-t-elle ainsi de manières et de style vestimentaire? Que fera-t-il sans elle?

Quand sa femme lui annonce qu’effectivement, leur union qui durait depuis toujours aura une date d’expiration, Bernard jure bien de se venger. Avec hargne, avec vigueur.

Sa réaction guidée par l’orgueil masculin, aussi risible que terrifiante, cette colère malsaine qui devient suspense, nous tient en haleine dans le très bon roman La sueur est un désir d’évaporation, de l’écrivaine Anne Genest (Fécondes, Les papillons boivent les larmes de la solitude).

Dans une plume émotive, d’où coule une histoire qui pourrait être celle de n’importe qui et son frère, Anne Genest dépeint avec acuité la réalité du couple en crise, en pleine redéfinition, à l’âge de la maturité (début cinquantaine pour elle, presque soixantaine pour lui), quand les enfants sont devenus grands, que sonne le moment de la retraite et qu’on a peu à discuter autrement que pour se questionner sur ce qu’on mangera pour souper le soir venu. Pour Jacinthe, l’exutoire se trouve dans le sport; pour Bernard, il n’est… nulle part.

Combien d’hommes, comme le protagoniste de La sueur est un désir d’évaporation, ont été laissés pantois en observant celle qu’ils croyaient leur être acquise se transformer et finir par réorienter son existence… loin d’eux?

Anne Genest dépeint admirablement bien le vieux fond de machisme d’un être comme Bernard, trop confortable dans son confort, qui ne trouve refuge que dans l’agressivité. Rassurez-vous, le ton du livre demeure toutefois divertissant, et presque comique par endroits.

La sueur est un désir d’évaporation, en vente le 11 mai, aux Éditions Libre Expression

La sueur est un désir d’évaporation, en vente le 11 mai aux Éditions Libre Expression.

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