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Au pays du ruban rose

La réalisatrice Léa Pool s’attarde à l’industrie du ruban rose dans son plus récent documentaire. Chaque année, 59 000 femmes meurent du cancer du sein en Amérique du Nord. Un petit ruban rose est devenu le symbole de la lutte contre cette inquiétante épidémie. Des gens organisent des collectes de fonds. Tous les mois d’octobre, des milliers de personnes se réunissent et courent, ramassant des centaines de milliers de dollars. Mais selon le documentaire L’industrie du ruban rose, de Léa Pool, tout n’est pas parfait au pays du ruban rose.

«Il y a tout un langage positif pour montrer l’image du presque bonheur, de la joie et de l’espoir, sinon on n’arrivera pas à vaincre cette maladie, explique la réalisatrice. Je trouve que ça rabaisse les femmes qui ne s’en sortent pas ou qui n’arrivent pas à guérir. Surtout que la maladie, c’est une loterie. Ce n’est pas parce que tu as été plus positif que tu t’en sors. Tant mieux si tu es capable d’être positif. Mais tu as aussi droit à ta colère, à ton désespoir. Et pourquoi faut-il donner cette image si rose? Parce qu’il y a de l’argent à faire.»

De plus en plus, des entreprises s’associent à cette cause. Même celles qui fabriquent des produits cancérigènes. La publicité est payante. Les sommes redistribuées sont souvent peu importantes, et il s’agit d’un excellent moyen de redorer son blason. «Ce n’est pas pour rien que c’est le cancer du sein qui est l’enfant chéri des compagnies, soutient Léa Pool. Surtout qu’il n’est pas associé à des mauvaises habitudes de vie, comme le sida ou le cancer du poumon.»

Mais où vont ces sommes d’argent? Personne n’en est sûr. «Il n’y a pas de transparence, poursuit la cinéaste, qui s’est surtout fait connaître par ses œuvres de fiction. On va toujours te dire le montant qu’on a ramassé, mais on ne te dit jamais où cet argent va vraiment…  Il y a un manque de coordination entre les différents organismes, ce qui fait qu’on peut répéter dix fois les mêmes recherches, même d’une province à l’autre. Au lieu de se mettre tous ensemble et de s’entraider pour éradiquer une terrible maladie qui tue énormément de femmes chaque année, chacun travaille dans son coin, chacun garde cachée sa petite recherche parce que chacun veut ravoir des subventions.»

Une chose est sûre, les fonds ne vont pas à la prévention. La recherche sur le cancer n’obtient que 5 % des sommes allouées. «Le mot clé du film, qui est dit par une des intervenantes, c’est business as usual, rappelle celle qui a déjà fait un documentaire sur Gabrielle Roy. Des médicaments, ça rapporte. Entretenir la vie, ça rapporte. Mais faire de la prévention, ça ne rapporte pas.»

Assumer ses responsabilités

Avec son documentaire L’industrie du ruban rose, Léa Pool ne veut pas que les gens cessent de donner de l’argent pour la lutte contre le cancer du sein. Mais seulement qu’ils s’interrogent sur ce qui se passe. «Je veux qu’on soit plus conscient et plus alerte au sujet de la façon dont ces compagnies financent la cause et qu’on exige plus de transparence. Il faudrait qu’on ôte nos lunettes roses et qu’on regarde la vérité en face. Il faut se demander où va cet argent. Il faut exiger des comptes. C’est la base même. On ne peut pas jouer aux innocents tout le temps. Il nous faut assumer nos responsabilités.»

L’industrie du ruban rose
En salle le 3 février

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