Grégoire Dunlevy: maître échassier
La plupart des échassiers maîtrisent parfaitement l’art de faire des
tatas. Grégoire, lui, est un véritable danseur contemporain… perché.
Pourquoi portez-vous le titre de «maître»?
Parce que ça fait 28 ans que je suis échassier. Je forme des échassiers et je donne des ateliers de perfectionnement.
Une fois qu’on a appris à marcher avec des échasses, qu’est-ce qu’on peut apprendre d’autre?
On peut apprendre à danser, à bouger avec plus de fluidité, à monter et descendre les escaliers. Au Québec, ma collègue Shôvàne et moi sommes parmi les seuls à savoir monter et descendre des marches. En ce moment, j’essaie d’apprendre à sauter très haut grâce à mes échasses pneumatiques. J’ai un prof qui arrive à sauter sur un autobus voyageur.
Des échasses pneumatiques?
Ce sont des échasses qui utilisent le même système que les roues d’avion. Cette paire-là m’a coûté 3 500 $, alors que d’habitude, c’est 300 $ ou 400 $. Celles que j’ai en ce moment, je les ai dessinées moi-même.
Comment avez-vous commencé les échasses?
J’étais artisan dans le Vieux-Port de Montréal quand j’ai vu la troupe des Échassiers de Baie-Saint-Paul, avec Guy Laliberté, Gilles Ste-Croix et Carmen Ruest. J’étais émerveillé comme un enfant. Peu de temps après, j’ai eu une coloc échassière qui m’a montré à marcher avec des échasses. Un soir, elle m’a emmené à une soirée au carré Saint-Louis où performait Guy Laliberté. J’ai essayé un mouvement de danse qu’il faisait et je me suis pété la gueule! C’est là que j’ai décidé de faire un baccalauréat en danse contemporaine.
On voit rarement des échassiers tomber. Ça arrive?
Oui! Mais faut dire qu’au Québec, on est pas mal prudent. En France, ils sont très forts aux échasses. J’ai vu un Français dans les années 1990 faire un numéro avec une scie mécanique. Il sciait les échasses de son collègue! Faut dire qu’ils ont le temps de se perfectionner : ils ont du chômage en saison morte.
Est-ce qu’en chutant, vous vous cassez nécessairement quelque chose?
Non. J’ai fait de 10 à 15 chutes dans ma carrière et je me suis blessé gravement seulement trois fois. Je me suis fracturé le coude deux fois et je me suis déchiré l’aine.