Culture

Aux origines du Bling Ring

Photo: Collaboration spéciale

Vous avez sûrement entendu parler de l’histoire du Bling Ring, ce groupe de jeunes qui se sont introduits à plusieurs reprises dans les demeures de célébrités telles que Lindsay Lohan ou Rachel Bilson et qui sont repartis avec des quantités astronomiques de bijoux, de souliers, d’ordis, de fringues, et même de tapis?

C’est d’ailleurs d’un article sur le sujet paru dans Vanity Fair en février 2010 que Sofia Coppola s’est inspirée pour son film The Bling Ring, en salle le 21 juin au Québec. L’article intitulé The Suspects Wore Louboutins était signé par la journaliste new-yorkaise Nancy Jo Sales. Dans la foulée de la sortie du film, cette dernière fait paraître un livre détaillé dans lequel elle approfondit la question abordée dans son article et présente l’enquête qu’elle a menée sur cette affaire incroyable. Le livre s’intitule The Bling Ring, How A Gang of Fame-Obsessed Teens Ripped Off Hollywood and Shocked the World. En traduction libre: Comment une bande d’ados obsédés par la célébrité ont arnaqué Hollywood et indigné le monde.

Le Bling Ring, c’est le surnom donné à ce groupe de jeunes originaires de Calabasas, une riche municipalité du comté de Los Angeles, en Californie. C’est le Los Angeles Times qui, le premier, a utilisé ce nom accrocheur pour qualifier cette bande de cinq «amis», quatre filles et un garçon, qui ont dévalisé des maisons de stars. Parmi eux, Nicholas, dit Nick, Prugo, qui, après plusieurs mois, a décidé de se confesser aux policiers. Plusieurs le soupçonnent d’ailleurs d’avoir exagéré les méfaits de ses compagnons afin de sauver sa peau.

C’est aussi lui qui s’est raconté de manière exhaustive à la journaliste Nancy Jo Sales, et dont les divulgations servent de base au livre. Ce document, qui repose également sur des témoignages d’avocats, de policiers et de l’«entourage» des suspects, se lit à la fois comme un polar et comme une étude sociologique. En introduction, l’auteure se souvient de ses multiples rencontres avec Sofia Coppola, de sa surprise lorsqu’elle a appris, en 2010, que la réalisatrice de Lost in Translation était assez intéressée par son article pour en faire un film. Elle parle aussi des discussions qu’elles ont eues et des séances de potins auxquelles elles se sont adonnées. «C’est comme si parler de ce sujet nous avait transformées en toxicomanes des tabloïds.»

Après cette intro plus «personnelle», Nancy Jo se lance dans l’affaire. Pour mieux comprendre le pourquoi de leurs crimes, la journaliste se rend devant les maisons où les jeunes habitaient au moment des événements. Observant ces demeures, elle constate que, contrairement à ce que la presse à sensation a écrit, ils ne sont pas tous si fortunés que ça. Ainsi, elle s’arrête devant l’appartement modeste de Diana Tamayo, une des filles impliquées dans les braquages. Lorsque Diana sera arrêtée, raconte-t-elle, «les policiers découvriront qu’elle et plusieurs membres de sa famille, d’origine mexicaine, ont un statut d’immigrants illégaux».

Au fil de ses recherches, l’auteure réalise que, malgré leur mode de vie extravagant (virées nocturnes, restos high class), l’existence de ces jeunes contrevenants n’a rien de glamour. On pense à Alexis Neiers, élevée par une mère qui la pousse, en compagnie de sa soeur Gabby et de sa «fausse sœur» Tess Taylor, une cybermodèle pour Playboy, à participer à une émission de téléréalité jugée dégradante. La série, Pretty Wild, sera diffusée pendant une saison sur les ondes de E! On pourra y voir maman donner des pilules d’Adderall à ses filles pour les aider à passer au travers de leurs journées (!).

Pour ce qui est de Nick, l’auteure raconte qu’il a momentanément lâché l’école, incapable de supporter l’anxiété et la pression sociale. «Tout le monde avait des BMW, et moi, je conduisais une Toyota», dit-il.

D’abord Paris

La première victime de ces cambriolages en série, c’est Paris Hilton. Pourquoi elle? se demande l’auteure. «Parce qu’elle est… stupide. Qui laisserait sa porte ouverte? Qui laisserait traîner de l’argent?» lui répond Nick. Effectivement, lorsque le jeune homme et son amie Rachel Lee («l’instigatrice des cambriolages») se sont introduits en 2008 dans sa maison, la pauvre Paris avait non seulement laissé traîner des milliers de dollars dans sa demeure, mais elle avait également laissé… sa clef sous le paillasson. Nancy Jo Sales décrit les virées chez l’héritière et cette scène incroyable où les jeunes criminels entrent chez elle et découvrent un garde-robe «gros comme une chambre à coucher» dans lequel un fauteuil est installé, «comme si Paris s’y asseyait pour contempler tous ses vêtements». Des scènes du film de Coppola ont d’ailleurs été tournées chez Miss Hilton.

Au fil des pages, citant plusieurs études qui n’ont rien de réjouissant, Sales s’interroge sur l’obsession de la célébrité et ce sentiment qu’ont beaucoup d’ados américains que tout leur est dû. Elle offre des pistes de solution, démontre à quel point il est difficile d’être jeune aux États par les temps qui courent, et dépeint l’influence négative, pour ne pas dire désastreuse, qu’ont les starlettes sur les jeunes femmes. Elle s’intéresse aux Bridezillas, aux Kardashian, et aux Honey Boo Boo de ce (très) bas monde. Elle parle aussi de tous les ravages causés par des émissions de «nouvelles» comme TMZ, et les videorazzi qui ont déclassé les paparazzi. Elle fait également un parallèle entre la relation Nick-Rachel et Bonnie-Clyde et oppose la réalité (comme dans la télé-réalité) et la vraie vie. Elle s’étonne de ce problème très américain de tous ces gens «célèbres pour rien».

En résulte un rapport fouillé, qui sidère autant qu’il attriste, et captive autant qu’il trouble.

The Bling Ring
Éditions It Books
Version originale anglaise
Présentement en librairie

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