Chrystine Brouillet: la formule Graham
Tous les ans, il y a des événements qu’on célèbre. Noël en décembre, la fête des amoureux en février et l’arrivée du nouveau Maud Graham en juin.
Lorsqu’on avait laissé Maud Graham, elle venait d’élucider le meurtre de Bernard Saucier, cet homme d’affaires honni de tous qui avait des tonnes d’ennemis. Mais La chasse est ouverte est terminée et, dans ces Saccages, la détective est confrontée à l’assassinat de Jean-Louis Carmichaël. Un monsieur respecté de tous, bien vu, tranquille. Vous savez, ce voisin dont tout le monde dit qu’«il était toujours tellement gentil et tellement poli, on n’aurait jamais cru ça de lui»? «J’ai beaucoup lu sur le sujet des victimes d’abus sexuels, souligne Chrystine Brouillet, une auteure pour qui la recherche occupe toujours une place aussi primordiale dans le processus d’écriture. Et on sait, bien sûr, que dans les cas de pédophilie, le coupable est souvent un entraîneur, un parent, un oncle… Quelqu’un que personne n’aurait jamais pensé capable d’accomplir de tels actes.»
Mais Maud Graham a malheureusement l’habitude de telles situations et voit au-delà des apparences. Les années passent, mais son regard demeure toujours aussi aiguisé. Désormais âgée de 50 ans, l’héroïne, mais surtout l’«amie» de Chrystine Brouillet, trouve que vieillir peut parfois être difficile. Mais le temps qui file lui réserve aussi des choses agréables. Par exemple, elle qui était déjà fin gourmet devient meilleure en cuisine – oui, les recettes «toutes testées» par l’auteure sont toujours au rendez-vous! Plusieurs choses sont positives, malgré le décor très sombre dans lequel se déroule l’enquête : Maxime va bien, Tiffany rencontre «peut-être, on verra» quelqu’un… «J’avais envie que les choses se placent pour eux», dit affectueusement leur créatrice.
Outre la victime, une nouvelle venue se pointe dans ce groupe de personnages que les fidèles en sont venus à connaître et à aimer au point d’espérer leur retour dès les premières lueurs de l’été. Il s’agit de la jeune Rebecca Delage. Mystérieuse, traînant un sombre passé, un peu Lisbeth Salander sur les côtés. «Maud, Alain, Joubert… je les connais bien maintenant. Je peux donc m’amuser à ajouter de nouveaux personnages. Rebecca, c’est quelqu’un que j’ai vraiment aimé écrire. Je la vois revenir dans de futurs romans, offrir des conseils à Maud…»
Car Rebecca appartient à l’univers de la musique. Un univers que la détective connaît peu et pour lequel elle nourrit quelques préjugés. D’ailleurs, les Saccages du titre, c’est aussi le nom de la première chanson de la jeune artiste, qui obtiendra un succès en ondes.
Chrystine Brouillet qui, en termes de musique, «aime beaucoup Pat Metheny» (on trouve d’ailleurs un clin d’œil au guitariste américain au fil des pages), confie qu’elle non plus ne connaissait pas très bien ce milieu auparavant. Alors que Maud a notamment été initiée à cet univers par le biais de son fils adoptif, Maxime, qui aime courir les shows et y draguer sa nouvelle flamme, l’auteure a bénéficié de l’aide de deux artistes bien connus du grand public. «Bruno Pelletier et Antoine Gratton ont été d’une gentillesse et d’une aide infiniment précieuses, se souvient-elle. Ils ont été tellement généreux de leur temps!» Ces deux musiciens issus «de deux univers différents» lui ont tout expliqué du «fonctionnement des festivals, de la radio, des concours…» On trouve ainsi dans Saccages des allusions à l’état boiteux de l’industrie du disque, à Petite-Vallée, au Festival d’été de Québec… Et puis, à un show d’Antoine Gratton! Un hommage, tout comme la dédicace destinée à Bruno Pelletier? «Mais oui! Ça s’imposait!» résume dans un sourire la reine du polar québécois.
Sinon, dans son nouveau roman, l’écrivain aborde aussi le sujet de la fraternité. Il y a Maxime, qui reçoit une lettre de sa mère biologique, lui demandant de faire un geste «plutôt extrême», pour sa demi-sœur. Et puis Maud, qui aimerait tant nouer une relation plus solide avec sa sœur à elle. «Il y a aussi les liens de fraternité qu’on voudrait avoir, sans forcément qu’il y ait de liens du sang. Mais vous savez, lorsqu’on écrit, on parle de certains thèmes inconsciemment!»
Consciemment maintenant, on ne quitte jamais Graham sans se demander dans quel monde elle tombera l’an prochain. Alors? «Je vais explorer le milieu de la danse, confie l’auteure. Je suis déjà plongée dedans!»
Il y a des rendez-vous qu’on ne saurait manquer.
Saccages
Aux éditions de la Courte Échelle
En librairie dès mardi