Les revenants arrivent
Suivie par plus d’un million de fidèles qui ne cessent désormais de demander «À quand la suite?», la série fantastique française Les Revenants arrive au FNC. Le producteur Jimmy Desmarais et l’acteur Pierre Perrier nous parlent de ce véritable phénomène.
Un papillon, épinglé dans un cadre, revient à la vie, faisant éclater le verre de son «cercueil» en mille morceaux. La musique de Mogwai fait entendre ses sons cristallins, inquiétants, beaux, lugubres. Ça se passe dans un endroit au milieu des montagnes, où il n’y a pas tant de choses à faire, sauf peut-être se rendre au Lake Pub pour descendre des shooters. Soudain, comme ça, sans prévenir, des habitants du village, disparus depuis longtemps, se mettent à réapparaître. Ça commence avec une jeune fille décédée dans un accident de bus, qui retourne à la maison, plusieurs années plus tard. «Je me suis réveillée, je suis rentrée, salut maman.» Elle n’a pas vieilli, pas changé physiquement. Personne ne l’attend.
Puis, les cas se multiplient. Les morts se manifestent : un tueur en série, un enfant au mutisme inquiétant et un ténébreux jeune homme mort le jour de son mariage. Juste avant ledit mariage, en fait. Un type mystérieux, fin vingtaine – incarné par l’acteur français Pierre Perrier – qui a laissé derrière lui son épouse, sur le point aujourd’hui d’en épouser un autre, et sa fille. Qu’il n’a jamais vue. «La première fois que j’ai lu les deux premiers épisodes, je me souviens m’être dit ‘‘wow!’’, raconte Perrier lors de son passage à Montréal. J’étais motivé, ravi…»
Il n’avait pas tort de l’être. Diffusée fin 2012 à Canal +, la première saison des Revenants a connu un succès monstre, vraiment monstre, en France. «Épisode après épisode, le mystère accrochait les gens, on sentait qu’il y avait un réel appétit pour l’histoire, raconte le producteur Jimmy Desmarais. On recevait des commentaires, des appréciations. Il y avait les spectateurs plus ésotériques, les religieux, les rationnels, les mathématiques… il y en avait même qui prenaient en photo leur télé pendant que l’épisode roulait, qui affichaient la scène sur leur Facebook et qui écrivaient par exemple : ‘‘Regardez dans cette scène, à droite, là, là, vous voyez? Ça veut dire en fait que le père est la mère et que le fils est le père…’’ Tout était décortiqué, quoi!»
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Pour la petite histoire, rappelons que la série a été créée par Fabrice Gobert, qui nous a donné Simon Werner a disparu…, un film porté par une bande-son de Sonic Youth. Le scénario des Revenants, quant à lui, a été signé par le créateur, en collaboration, notamment, avec l’écrivain Emmanuel Carrère (Limonov, La classe de neige). Gobert a coréalisé la première saison de cette série, basée sur le film du même nom de Robin Campillo.
Responsable du développement des fictions télévisuelles pour la société indépendante de production et de distribution Haut et Court, Jimmy Desmarais se souvient que lorsqu’il avait proposé le projet, soit celui d’adapter le film en série, à la chaîne Canal+, «ils ont tout de suite été partants». «Ils nous ont dit, c’est un territoire assez inexploré en France, il y a un vrai chalenge, on va y aller!»
Le succès a d’ailleurs vite dépassé les frontières, le projet recevant des éloges partout sur son passage. Pour Pierre Perrier, un fanatique de fantastique qui «regarde pratiquement tout ce qui existe en matière de séries, ou du moins, le premier épisode de chacune d’entre elles», avoir tenu un rôle dans ce projet ne vient pas sans une certaine fierté et un espoir de voir les préjugés à l’égard de la télé de fiction française tomber. «Aux États-Unis et en Angleterre, ça fait déjà 10, 15 ans que les grosses séries de qualité sont présentes, alors qu’en France, on a mis plus de temps à arriver, remarque l’acteur. Mais nous voilà! Et je pense qu’on prouve que, si on travaille correctement, avec une bonne écriture et une bonne production, on peut faire des projets français, avec une identité française très forte, sans essayer de copier les Américains… Ce qu’on a quand même fait pendant très longtemps!»
Perrier voit d’ailleurs le succès des Revenants comme une façon d’amener et d’inciter d’autres producteurs à se «lancer dans des trucs assez couillus en matière de téléséries». Jimmy Desmarais qui, avec ce projet, est effectivement allé dans un truc «assez couillu», pour citer l’acteur, avoue que, tout au long du développement, l’équipe était guidée par le désir de se «réapproprier l’imaginaire américain», de se forger une identité, tout en insérant des clins d’œil aux productions made in USA. «Finalement, on a opté pour un mélange des deux, remarque-t-il. D’abord, le côté très intimiste et réaliste qui constitue une approche un peu plus française – car ce n’est pas un film catastrophe à rythme effréné! Ensuite, l’univers visuel, qui n’est pas totalement étranger à des références américaines. Notre but, c’était de réellement trouver comment être Français dans cette culture-là.»
Et vous, vous feriez quoi?
Pour Pierre Perrier, la télésérie met en scène deux «quêtes». «Pourquoi les morts reviennent? Et comment peuvent-ils faire face à l’existence une fois qu’ils sont revenus?» Car, pour des raisons évidentes, en «ressuscitant», ces zombies-qui-ne-sont-pas-des-zombies tombent à un bien mauvais moment. Le personnage de Perrier ne fait pas exception. La femme de son ancienne vie (Clotilde Hesme) fréquente un autre homme, elle est sur le point de lui dire «oui», les années ont passé, le deuil s’est fait, elle a fini, ou presque, par accepter la disparition de son ancien amour… et lui, il débarque.
«L’enjeu, c’était de réussir à atteindre une vérité intime, souligne le producteur Jimmy Desmarais. En développant le projet, on a toujours voulu que le spectateur se demande : comment je réagirais, moi? Qu’est-ce que je ferais si l’impensable et l’inimaginable, qui ne peut tout simplement pas arriver, arrivait?»
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Les Revenants, épisodes 1 et 2
Au Cinéma du Parc ce jeudi soir à 19 h
Entrée libre