Grand Corps Malade persiste et saigne
Après un détour couronné de succès en littérature avec son livre Patients, Grand Corps Malade revient avec 12 nouveaux slams qu’il balance comme autant de courts métrages.
Certains pensaient que le phénomène serait passager, mais, en dépit de la baisse de l’engouement pour le slam, dont il était le principal catalyseur en 2006 (Midi 20), Grand Corps Malade persiste et «saigne» avec son quatrième album, Funambule.
D’accord, ce n’est pas du vrai slam, puisqu’il y a de la musique, mais bon, ce sont toujours les mots qui sont mis en lumière, quoique cette fois de façon plus rythmée. «Ce n’est pas vraiment un changement, mais une évolution. J’avais envie de jouer un peu plus avec les rythmes pour continuer à expérimenter des choses nouvelles. Au début, j’ai demandé à mon directeur musical Ibrahim Maalouf de na pas hésiter à être plus “chanson” et plus groovy», raconte en substance l’artiste d’une voix de lendemain de soirée arrosée depuis l’Hexagone.
Entre le strass, les paillettes, les projos et la famille qui s’élargit, le grand gaillard à la béquille a ressenti l’appel du vrai. Voilà pourquoi, après des récitals à l’Olympia et des visites sur les plateaux d’émissions de variétés, GCM a aussi présenté des spectacles dans des cathédrales et en milieu carcéral. C’est d’ailleurs là qu’il a rencontré un détenu nommé Laurent Jacqua, premier blogueur de l’ombre en France, qui lui a inspiré un texte percutant qui pourrait servir de synopsis de film (Le bout du tunnel).
Parmi les autres moments que certains trouveront forts (et d’autres plutôt mignons), il y a ce duo avec le flamboyant Richard Bohringer sur La course contre la honte. «J’ai la chance de le côtoyer et je peux dire, sans prétention, que c’est vraiment un ami. On se voit assez souvent, et ce duo est venu assez naturellement. J’ai écrit la partie de mon texte en disant: “File-moi la réponse tonton”», explique, ému, celui qui, à la ville surnomme vraiment Bohringer «tonton».
[pullquote]
Et comme sur les albums précédents, on retrouve sur Funambule un certain dosage entre l’intime et le politique, l’amour et l’humour. Volonté délibérée? «Oui. C’est assez délibéré. Moi, j’aime, quand j’écoute un album, varier les ambiances, les atmosphères. Ma façon de concevoir un disque est de choisir des textes écrits au cours des derniers mois et de les doser: un morceau un peu grave, un autre ouvert sur le monde, un plus léger…», explique Fabien, qui écrit par flashs et non selon une discipline qu’il s’imposerait.
Et ce Funambule donc? On a parfois l’impression en effet que GCM est porté par sa volonté d’être vrai et sincère dans son écriture, mais qu’il est, en quelque sorte, récupéré par une machine nommée showbiz. Ce qui fait en sorte qu’entre un morceau où on retrouve la voix d’un taulard et d’autres duos parfois plus mièvres que sentis (avec Cabrel ou Nolwenn Hedde), le tout peut sembler disparate.
Mais, heureusement pour nous, la béquille de GCM peut aussi encore faire mouche. Bang: droit au cœur!
Funambule
En magasin dès mardi