Bush: le renouveau de Rossdale
En plein tournage du nouveau film de Sofia Coppola, Gavin Rossdale nous parle de grunge, de Slipknot et de critiques négatives.
Depuis quelque temps, Gavin Rossdale passe ses journées sur le plateau de tournage du dernier film de Sofia Coppola, Bling Ring, mettant en vedette Emma Watson. De son propre aveu, il y joue «un propriétaire de bar douchebag». «Mais je ne m’en vante pas trop. Après tout, quand on y pense, l’équipe du film s’est quand même dit: ‘Qui pourrait bien jouer ce type douteux? Tiens, pourquoi pas le gars de Bush?!’» En effet.
En joignant Mister Rossdale au téléphone, on s’attendait à ce qu’il nous parte une cassette, qu’il nous dise que «son groupe, c’est comme une belle famille», que «le rock, c’est sa maison» ou une autre formule pré-enregistrée du genre. Mais il s’est montré étonnamment honnête, humble et même marrant.
Ayant ressuscité Bush en 2010, sans toutefois réussir à ramener tous ses compagnons (les fidèles regrettent encore l’absence de Nigel Pulsford), Rossdale s’apprête désormais à partir en tournée avec… Nickelback. Il remarque en riant que ça lui permettra peut-être de vendre quelques copies du dernier-né de sa bande, The Sea of Memories.
«J’ose espérer que quelques personnes auront vraiment acheté un billet pour venir nous voir, nous, et pas Nickelback, mais honnêtement, être un ‘‘invité spécial », ça veut habituellement dire jouer devant un tas de gens qui n’ont aucune idée de qui tu es. Dernièrement, par exemple, j’ai participé à un festival de métal en Australie avec Slipknot, Mastodon, System of a Down, Biohazard… Je n’arrêtais pas de me dire: ‘Oh mon Dieu, la foule va me poignarder!’ Mais tout le monde a été très gentil avec moi. Même Slipknot. Malgré leurs masques. J’haïs les masques. Je ne sais pas pourquoi. Ça doit venir de mon inconscient.»
Histoire de se remémorer de bons souvenirs, conscients ceux-là, rappelons que c’est en 1994 que le groupe, avec un X à l’époque, sortait Sixteen Stone. Succès. «Glycerine, glycerine», chantait alors Gavin. Deux ans plus tard paraissait Razorblade Suitcase, aux critiques moins favorables. Puis, en 2002, le frontman a dissous Bush, épousé la star Stefani, Gwen de son prénom, et son étoile a quelque peu pâli dans le firmament.
Avec Sea of Memories, paru en septembre dernier, Rossdale a voulu réaffirmer que son band avait été et était de nouveau là. Même le magazine Rolling Stone a avancé, dans sa critique de la chose, que «Bush avait toujours été sous-estimé». Gavin Rossdale, lui, croit-il avoir eu le succès qu’il méritait? «Bien sûr que non. C’est une des tares universelles de l’être humain, de se croire toujours sous-estimé. Cela dit, c’est tout de même assez ironique que ce soit le Rolling Stone qui ait dit ça, puisque ce sont eux qui ont, en quelque sorte, pavé la route pour que ça arrive. Ce sont eux qui ont mixé le ciment, comme on dit. Ils auraient pu faire en sorte que les choses se passent différemment pour nous, mais bon, quand tu t’es fait battre et abuser, tu deviens résilient, plus fort, tenace. Ceci dit, je sens encore le besoin de faire mes preuves…»
Même si on a souvent associé Bush au grunge, en raison de la ressemblance de ses pièces avec celles de Nirvana, Gavin se désole un peu en nous entendant employer le terme. «Le mot grunge a implosé sur lui-même en 1998. Je ne sais même plus ce qu’il signifie. Puisque je viens de Londres, je me suis toujours senti très loin de ce mouvement. »
Pour The Sea of Memories, Rossdale s’est adjoint les services de Bob Rock, avec qui il avait bossé pour son disque solo Wanderlust. «En termes de réalisateur, tout le monde cherche un George Martin, mais c’est dur à trouver de nos jours! Moi, je voulais être agiste et prendre quelqu’un avec de l’expérience. Je ne voulais pas que Skrillex fasse mon album. Je l’aime bien, remarquez, mais j’ai préféré prendre Bob.»
Pour conclure, Gavin se dit en «état de choc» en songeant au fait que son groupe roule encore. «Mais je suis Anglais, alors je ne m’attends jamais à grand-chose. Simplement faire ce disque, j’ai trouvé ça bien. Tourner maintenant avec lui, je trouve ça génial.»
Bush
Au Centre Bell le 21 avril