Misstress Barbara: la lumière après la grisaille
Misstress Barbara offre pour une seconde fois un album personnel, fait de ses propres compositions : Many Shades of Grey.
Il a bien failli ne jamais voir le jour, ce second album de compositions originales de Misstress Barbara. «J’ai eu une année 2011 un peu particulière, explique cette DJ renommée. Mon album était fini au début 2011, mais j’ai décidé de tout arrêter. Mes amis ne me croyaient pas, ils se disaient que j’étais juste fatiguée… mais moi, je me suis crue. J’étais tannée du monde de la musique, de sa superficialité, j’avais besoin d’être entourée de gens qui n’appartiennent pas à ce milieu-là, de ne pas parler de musique, je ne suis même pas allée voir un show pendant cette période. J’ai tout mis de côté, je me suis reposée, j’ai joué au tennis comme une folle tout l’été.»
À part pour un projet avec Ubisoft, Misstress Barbara a donc dit adieu à la musique… jusqu’au début d’octobre dernier. «J’ai alors ressenti le besoin de finir mon album, explique-t-elle simplement. Je suis contente que tout ça soit arrivé; ça m’a permis d’éviter de terminer cet album par obligation, parce que c’est ce que je fais dans la vie. Je l’ai plutôt terminé parce que j’en avais envie, parce que j’étais vraiment inspirée. Et cette pause a été bénéfique : au final, mon album est tellement meilleur que ce qu’il était l’année passée!»
Après I’m No Human, une première incursion de la DJ dans le monde de la composition, en 2009, l’artiste offre de nouveau ses propres pièces au public, mais seule cette fois-ci (sur le premier opus en effet, plusieurs artistes, dont Sam Roberts, accompagnaient Misstress Barbara sur ses chansons) et d’une façon, croit-elle, beaucoup plus assumée que la première fois. «J’ai découvert que j’avais une voix! lance-t-elle joyeusement. Je chante sur cet album, alors que dans l’autre, je parlais plutôt. Et je me suis rendu compte que j’étais beaucoup plus à l’aise de chanter quand je le faisais pour vrai que quand je retenais ma voix.»
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Ce n’est pas la seule chose qu’elle a apprise de cette aventure, assure-t-elle. Le processus de création des deux albums a aussi été très différent, dit-elle. «Pour le premier, j’avais écrit plein de poèmes et plein de musiques, puis j’ai cherché quel texte pouvait fonctionner avec quelle musique. Cette fois-ci, j’ai créé la musique, et après, une fois que j’avais une bonne mélodie, j’ai écrit des paroles qui allaient bien avec elle. C’est pour ça, je pense, que c’est plus cohérent, plus solide.»
La tournée I’m No Human lui aura aussi permis de comprendre qu’elle avait besoin d’inclure davantage de pièces «dansantes» à son répertoire. «Je me suis dit que quand je ferais un autre album, je m’assurerais d’avoir suffisamment de chansons dansantes, avec des textes accrocheurs mais simples, qui donneraient envie au monde de chanter. Les gens, même s’ils ne viennent pas voir un set de DJ, s’attendent à danser quand ils viennent voir un show de Misstress Barbara.»
Il faut dire que si I’m No Human avait été composé dans une période difficile de la vie de la DJ et productrice, Many Shades of Grey est plutôt issu de moments plus heureux. «Beaucoup de gens pensent que le titre Many Shades of Grey est un peu négatif, mais on constate que ce n’est pas le cas en écoutant le refrain de la chanson-titre, “And in the many shades of grey, you see the light” («Et à travers tous ces tons de gris, on voit la lumière»). Les gens voient souvent le gris d’un œil négatif. Il fait gris dehors, on est déprimés… mais quand il y a un brin de lumière à travers les nuages, il y a de l’espoir.»
Selon elle, le fait d’avoir eu à relever des défis de taille durant les dernières années lui a permis de changer sa façon de voir les choses. «Je suis quelqu’un de très “extrémiste”, avoue-t-elle. pour moi, c’est toujours tout ou rien, blanc ou noir. Je ne suis pas bien dans le “processus de”, je veux arriver tout de suite à mon but, je n’apprécie pas nécessairement le chemin pour m’y rendre. Je veux une réponse tout de suite, je n’ai pas forcément envie de faire confiance à la vie. J’aime être en contrôle… mais au cours des dernières années, la vie m’a appris que non, je ne peux pas tout contrôler, je ne peux pas toujours trouver tout de suite les réponses que je cherche. J’ai dû accepter ça. Puis, à un moment donné, j’ai compris que c’est correct, le gris. Chaque moment du chemin compte, le gris foncé et le gris clair sont tout aussi importants que le noir ou le blanc où on essaie de se rendre.»
Misstress acoustique?
Many Shades of Grey contient évidemment surtout des pièces électro et dansantes, mais l’album se conclut par une ballade au piano. La dame serait-elle tentée par un virage vers l’acoustique?
«C’est quelque chose qui m’attire énormément, avoue-t-elle. Mais je suis consciente que je ne peux pas me lancer là-dedans, je peux juste en donner des petits bouts par-ci, par-là. Mais c’est sûr que j’aimerais un jour reprendre tout mon répertoire avec juste une contrebasse, mon piano et moi. Il faut dire que je trouve que je chante beaucoup mieux en version unplugged! Il n’y a pas tout ce bruit autour. Particulièrement sur scène, je crois que ça serait une belle expérience.»
Many Shades of Grey
En magasin dès demain
Lancement gratuit au National
Mardi à 17 h 30