Suivre le fil d'Ariane
Cet album très attendu, MA, est le début d’un nouveau cycle dans la carrière d’Ariane Moffatt. «J’ai 32 ans, c’est mon quatrième album, je me sens encore jeune, mais j’ai l’impression que je reviens au début de quelque chose, lance la chanteuse que Métro a rencontrée chez elle. C’est comme si je m’étais donné le droit d’être moi-même.»
Et cet album, c’est effectivement Ariane Moffatt «elle-même», puisque l’artiste a effectué toutes les étapes de la création : composition, écriture, arrangements, réalisation et production. «Le fait de m’être commise comme ça, ça représentait des risques, et c’est encore plus valorisant», dit-elle, ajoutant qu’étonnamment, MA est arrivé «un peu tout seul».
«Je ne comptais pas faire un album, mais plutôt prendre une pause, avoue la chanteuse. Après Tous les sens, j’ai passé un moment à Paris, puis j’ai fait un voyage d’un mois en Chine… Ç’a été une sorte de transition.» En rentrant à Montréal, la jeune femme a trouvé un atelier et, au fil des jours, a écrit une chanson, une autre, puis une autre… Et MA est né.
«D’habitude, j’écrivais d’abord des textes, puis je les mettais en musique, alors que cette fois-ci, j’étais beaucoup dans les groove, les ambiances musicales… Je me suis amusée à ne pas me restreindre, à pouvoir tripper en produisant des beat, en jouant de la batterie sur mes chansons, en chantant en anglais sans avoir peur de choquer qui que ce soit.»
Après avoir interprété des reprises de tubes dans la langue de Shakespeare pour les deux premières saisons de la télésérie Trauma, Ariane Moffatt a décidé de s’accorder le droit de composer ses propres chansons in English, sans pour autant exclure le français de son œuvre. Et ce, dans une optique plus artistique que commerciale, assure-t-elle.
«Si ç’avait été à cause d’un désir de conquérir les États-Unis, je n’aurais fait cet album qu’en anglais, fait-elle remarquer. J’avais envie d’un disque bilingue qui représenterait ma réalité, mon quotidien de fille du Mile-End. Ça ne m’empêche pas d’être fière du français, d’avoir une fibre souverainiste et d’en profiter pour aller chanter en français devant un public anglophone. Ça permet de faire des ponts, d’arrêter de vivre dans des mondes parallèles!»
Si la chanteuse n’avait pas osé écrire en anglais auparavant, c’est parce que, dit-elle, elle ne sentait pas qu’elle maîtrisait assez bien la langue. «C’était important pour moi que ça soit « écoutable », que l’album offre une certaine cohésion sonore», ajoute-t-elle.
Étant donné que Pierre Girard, qui a aidé Ariane avec la réalisation, la prise de son et le mixage de MA, travaillait en même temps aux albums de Catherine Major et de Marie-Pierre Arthur, la chanteuse a profité des moments où il n’était pas disponible pour se rendre à Los Angeles, où elle a peaufiné ses textes en anglais avec l’auteure-compositrice Simon Wilcox.
«La langue dans laquelle j’écrivais me venait naturellement, dit-elle. J’écoutais mon subconscient, et je partais de petits jets improvisés autour desquels je construisais des scénarios, des minifilms… Je partais toujours d’une émotion, d’un état, d’une réflexion sur un trait de personnalité, et j’essayais de mettre ça en scène dans un paysage plus large.»
Ariane Moffatt lancera MA en France au début mai, mais partira d’abord à la conquête des Américains au prochain festival South by Southwest. «Je suis prête à repartir à zéro vers de nouveaux horizons, s’enthousiasme-t-elle. Mais je n’ai pas l’ambition de conquérir la planète. Il faut apprécier pleinement chaque moment et ne pas avoir trop d’attentes. Je suis comblée ici, je fais partie des chanceuses qui peuvent vivre de la musique; tout le reste, c’est du surplus!»
La scène au plus vite
Si, pour les lancements de disque, les artistes chantent habituellement deux ou trois pièces au cours d’un 5 à 7, Ariane Moffatt a décidé de faire du sien un véritable spectacle. «Je joue l’album de A à Z, dans l’ordre… à la Pink Floyd!» rigole-t-elle.
La chanteuse explique qu’elle avait hâte de revenir sur scène, après presque deux ans d’absence (les albums de Trauma n’avaient pas fait l’objet d’une tournée), parce que les spectacles représentent son «nanane» en période de promotion. «Avant, on attendait longtemps avant de faire des shows, bien après que l’album avait été lancé, dit-elle. Mais étant donné que le marché est rendu tellement déstructuré, on ne sait plus trop ce qu’est la marche à suivre, alors on s’en invente une. Et moi, ma façon de faire privilégiée, c’était de me retrouver le plus tôt possible sur scène!»
MA
Lancement mercredi à 20 h, au Rialto
En magasin dès mardi