L’absurdité de la guerre
Après un premier film fort bien accueilli, Caramel, la réalisatrice et actrice libanaise Nadine Labaki récidive avec Et maintenant on va où? Les femmes ont toujours une place de choix dans les films de Nadine Labaki. Dans Et maintenant on va où? toute la moitié féminine d’un village se mobilise pour étouffer un vieux conflit entre chrétiens et musulmans en prenant des moyens pour le moins originaux. Entretien avec une cinéaste qui n’a pas peur d’exprimer ses opinions.
Quel a été le point de départ de ce film?
C’est parti de vrais conflits qui sont arrivés entre deux partis politiques opposés, qui ont amené les gens à prendre les armes, à descendre dans la rue et à se tirer dessus. Je pense qu’à ce moment-là, au Liban, on avait vraiment cru que la paix était possible. C’était plus d’une vingtaine d’années après la guerre civile, c’était derrière nous, on n’était même pas conscients que ça pouvait exploser de nouveau. Mais ç’a explosé, du jour au lendemain. Je pense que, face à l’absurdité de ce qui arrive, on ne peut pas ne pas s’exprimer. À ce moment-là, j’étais enceinte et je me suis dit : “Si j’avais un fils de 18 ans et qu’il était tenté de prendre une arme, jusqu’où j’irais pour l’arrêter?” C’est comme ça qu’est née l’idée du film, du fait que je trouvais tout ça absurde.
Et justement, dans le film, le conflit renaît pour une raison assez absurde…
C’était très important pour moi de ridiculiser les raisons pour lesquelles on fait la guerre. On a réussi à vivre ensemble pendant très longtemps, nos enfants vont à l’école ensemble, on respire le même air… Quand on rit de ses erreurs, ça veut dire qu’on commence à en guérir.
Le film inclut des numéros de comédie musicale. Pourquoi ce choix?
C’était pour donner une impression de conte, parce que je voulais que le film soit plus universel que le conflit entre chrétiens et musulmans. C’est un conflit entre les hommes. C’est d’ailleurs pourquoi je ne nomme jamais le pays, parce que ça pourrait être n’importe où.
Comme Caramel, Et maintenant on va où? tourne principalement autour de personnages de femmes fortes et intelligentes. Cependant, vous ne voulez pas le qualifier d’œuvre féministe…
C’est tout simplement que j’écris suivant le point de vue d’une femme… parce que j’en suis une. Je suis consciente de la responsabilité qu’on a, en tant que femme, en tant que mère; on peut changer les choses.
Comme dans Caramel, vous tenez un des rôles principaux du film. Est-ce que vous avez écrit le scénario dans cette optique?
Oui, c’est venu à peu près naturellement. Ça m’aide de jouer avec les autres, puisque j’ai choisi des acteurs non professionnels. Ça les aide, ça me rapproche d’eux, ça nous permet de faire des choses imprévues parce que je suis dedans avec eux.
Pourquoi ce choix d’acteurs non professionnels?
C’est une envie de voir vraiment. À partir des auditions, je choisis des êtres qui me semblent très adéquats pour interpréter les personnages du film – ça peut être à cause d’un mouvement, d’une manière d’être, d’une façon de parler, d’une chose en eux qui m’attire… Ensuite, je leur demande d’être ce qu’ils sont, de réagir comme ils auraient réagi. Et donc, c’est vraiment basé sur des êtres vrais, ce ne sont pas des personnes qui jouent, mais qui sont. Même avec les acteurs professionnels, c’est la même chose : je leur demande d’être ce qu’ils sont dans la vie.
Et maintenant on va où?
En salle dès vendredi