Vox Sambou: engagement intérieur
Vox Sambou renoue encore plus profondément avec ses racines sur l’accrocheur The Brasil Session, un album parfait pour la chaleur qui s’installe.
Insatisfait de ses précédentes offrandes, qu’il juge trop arrangées, Vox Sambou s’offre un son plus live sur son troisième disque. «C’est un album vraiment organique, confie le chanteur d’origine haïtienne domicilié à Montréal. On a eu l’opportunité d’enregistrer à Brasilia et c’est comme si on était en spectacle.»
L’effort, ensoleillant au possible, mélange musique du monde, rythmes traditionnels, afrobeat, reggae et rap au sein d’une langue riche qui alterne et superpose même le français, l’anglais, l’espagnol et le créole. L’instrumentation tonique se fait aisément ressentir, tout comme la voix ensorcelante de Malika Tirolien, qui relève constamment celle de Sambou.
Le rythme peut paraître festif, et c’est pour mieux dissimuler des thèmes engagés liés aux injustices, aux iniquités, aux déséquilibres sociaux et au droit de vivre en paix. La chanson 21e siècle, qui figure exactement à mi-chemin de ce voyage fertile, est la pièce de résistance et elle traite de sujets primordiaux, comme l’amnésie collective, la cupidité de l’Homme et le précipice qui l’attend, alors que Dyasporafiken, qui conclut l’odyssée, rappelle l’importance de résister pour ne pas disparaître.
«C’est une chance d’avoir un micro, de voyager, de faire des spectacles et que les gens nous écoutent. On a en quelque sorte une responsabilité. C’est un privilège et ce n’est pas quelque chose qu’on prend à la légère.» –Vox Sambou, qui dit profiter de sa tribune pour parler des problèmes auxquels les femmes en Haïti ou les jeunes de Côte-des-Neiges sont confrontés, par exemple
Transmission nécessaire
Vox Sambou a rencontré l’Afrique à Montréal, et c’est dans le quartier Côte-des-Neiges qu’il dirige depuis plus de 10 ans une maison des jeunes. Un endroit qui offre des ateliers de voix, une scène avec des micros et même un studio de musique où des adolescents peuvent chaque année enregistrer un album.
«On essaie de donner un coup de main, de valoriser les jeunes et eux, après, ils continuent le travail, raconte le musicien, qui est aussi membre du collectif hip-hop Nomadic Massive. C’est très enrichissant. On aide, mais on reçoit beaucoup aussi en échange.»
De quoi l’inciter à façonner son art musical, à le recentrer sur ses valeurs et son milieu. «En les écoutant, en voyant les problèmes auxquels ils sont confrontés, ça nous force à préserver notre rôle auprès de ces jeunes, fait remarquer l’auteur-compositeur. Quand tu vis dedans, au sein de ces différentes communautés qui s’impliquent, tu n’as pas le choix de parler de ça dans tes textes. Je ne me verrais jamais parler de grosses voitures ou de chaînes en or. Ce n’est pas ça que je vis! Ces jeunes-là nous forcent à demeurer authentiques.»
The Brasil Session
Disponible vendredi