Arts et spectacles

«Zéphir»: Richardson Zéphir, tout sur lui

Richardson Zéphir dans son premier spectacle solo, "Zéphir"
Richardson Zéphir dans son premier spectacle solo, "Zéphir" Photo: Éric Myre

44 ans, toutes ses dents, de l’autodérision à revendre, de l’intelligence, un soupçon de gaminerie et beaucoup d’humilité: voilà le portrait qu’on dresse de Richardson Zéphir à l’écoute de son premier one man show, Zéphir, digne opus d’un humoriste qu’on gagne à connaître et qui laisse présager pour lui un avenir reluisant. La glace est maintenant brisée pour lui après sa première médiatique à l’Olympia de Montréal, qui avait lieu mardi soir.

Improvisateur de longue date, Richardson Zéphir est aussi comédien (Club Soly, La Maison-Bleue) et, bien sûr, le récipiendaire du prix du public de la première saison de Big Brother Célébrités. Toutes ses cordes à son arc teintent l’ensemble de Zéphir, où notre cabotin se raconte, joue, imite et improvise avec grande aisance.

Il faut savoir que, si le grand public a appris à le connaître à Big Brother Célébrités l’an dernier, Zéphir existait sur scène bien avant que Noovo le révèle. Il avait démontré sa verve et sa pertinence dans divers festivals, notamment dans un solo d’une heure à Zoofest, en 2019, où il s’était avéré particulièrement inspiré. Beaucoup d’échantillons de ce spectacle de l’époque, Blagueur, se retrouvent d’ailleurs dans Zéphir, comme ces extraits où notre homme cause célibat et véganisme, où il imite à la perfection la traduction française nasillarde de la voix de son idole de jeunesse, Eddie Murphy, et où il s’imagine tenir un rôle dans Les pays d’en haut.

Biographie comique

Zéphir, c’est du stand-up pur jus. Une formule éprouvée que Richardson s’approprie néanmoins, car ses textes sont éminemment personnels. Ce dernier se présente, se dévoile, ni plus, ni moins, dans Zéphir. Le ton est celui de la biographie comique, parsemée ici et là d’observations de l’extérieur.

On part donc de son enfance à Laval qui n’évite pas quelques stéréotypes, on en apprend sur sa passion pour l’improvisation, on passe sur l’un de ses premiers emplois, celui de gérant d’une location de pédalos, on parle de ses peurs (les abeilles, les insectes, dire la vérité). À la fin, notre grand pacifique fait l’apologie d’un monde meilleur, sans trop s’enfarger dans les fleurs du tapis.

Une importante parenthèse, hyper rigolote, est consacrée à son passage à Big Brother. Il revient sur ses amitiés nouées dans la maison («Jean-Thomas Jobin? C’était juste du cul!») et sur quelques épisodes hilarants, comme une histoire de pogos cachés au milieu d’un jeûne. Les adeptes de l’émission s’en délecteront.

Noir, et après?

Richardson Zéphir est d’origine haïtienne. Il l’affirme à plusieurs reprises et utilise cet élément comme running gag. On constate vite qu’il en faut beaucoup pour le froisser, et on se dit qu’en ces années d’antan où Normand Brathwaite et Gregory Charles étaient les seuls modèles des jeunes garçons noirs dans la sphère publique, un Richardson Zéphir aurait véritablement fait fureur.

«J’ai quand même un peu peur… Chaque fois qu’un humoriste noir est sur une scène, il se fait agresser», lance notre hôte d’entrée de jeu, en guise de clin d’œil aux coups récemment encaissés par Chris Rock (de la part de Will Smith aux Oscars) et Dave Chappelle.

«Je suis habitué de dealer avec des policiers armés, je suis noir», renchérit-il un peu plus tard.

S’il est une minuscule remarque négative qu’on aurait à formuler au sortir de Zéphir, c’est la surface à laquelle Richardson se confine dans ses récits. On aurait aimé creuser plus loin avec lui dans certaines notions abordées, comme son célibat serein ou sa capacité à accepter le changement. C’est toutefois l’apanage du premier one man show: l’artiste tisse son lien avec le public, se fait découvrir, complètement «vierge» de toutes idées préconçues. En ce sens, il sera intéressant de constater l’évolution de Zéphir sur les planches, de voir quelle profondeur il apportera à ses prochains sujets, quels terrains il osera fouler. Il pourrait faire ressortir davantage un certain côté baveux qu’on lui décèle déjà. On a déjà hâte.

Sinon, l’artiste gagnerait à resserrer la dernière portion de sa prestation, qui s’égare un brin entre un numéro de danses farfelues (pourquoi?) et une chanson reggae improvisée à partir de mots suggérés par le public (qui s’en donne bien sûr à cœur joie à proposer mille folies). La capacité de Zéphir à inventer une pièce «sur un 10 cents» est impressionnante, mais le résultat tombe un peu à plat, et le parterre arrière de l’Olympia ne semblait pas particulièrement hilare à ce segment, mardi.

Comme si Richardson avait manqué de matière et bâclé sa finale simplement pour faire durer le plaisir. Dommage, car la première heure de sa première offrande était nettement plus solide.

Richardson Zéphir présente Zéphir en tournée partout au Québec. Pour toutes les dates, on consulte son site web.

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