Arts et spectacles

Gisèle Lullaby, Barbada, le père Noël et « Cornemuse »

La drag queen Gisèle Lullaby
La drag queen Gisèle Lullaby Photo: Gracieuseté - Lawrence Dupuis et Gabryella Vogua

Une drag queen qui lit des contes à des enfants dans une bibliothèque? Il y a de quoi faire parler, mais positivement, cette fois-ci. Voici le point de vue pédagogique de la drag Gisèle Lullaby sur l’affaire Barbada. 

La drag queen Barbada de Barbades lit des histoires traitant d’ouverture, d’acceptation et d’estime de soi aux enfants dans les bibliothèques, librairies et garderies québécoises depuis 2016. Cet été, elle a fait l’objet de messages méprisants en ligne de la part d’une minorité de parents outrés par sa venue à la bibliothèque de Dorval et dans une autre de l’arrondissement de Saint-Laurent. 

Or, celui qui enfile les sémillantes tenues de Barbada n’est nul autre qu’un enseignant de musique au primaire depuis 17 ans, Sébastien Potvin. Un pédagogue chevronné, quoi! Barbada fait de surcroît découvrir la musique aux tout-petits dans une émission sur ICI Tou.tv en compagnie d’artistes tels que Klô Pelgag, Les Louanges ou Sarahmée.  

Dans la foulée de cette affaire, nous avons recueilli les impressions de deux drag queens chéries du public montréalais, Gisèle Lullaby et Rainbow.  

Micro à Gisèle Lullaby 

Son enfance 

Lors de son enfance, Gisèle avait une machine à coudre pour créer des costumes. Venant d’une famille théâtrale et exubérante, elle ne voyait pas le fait de maquiller et de coiffer comme un problème : elle croyait que c’était quelque chose qu’on devait savoir faire dans la vie pour aider les autres avec leurs looks. C’est une personne qui tripe sur la scène, l’improvisation, les costumes. Et voilà donc qu’aujourd’hui, elle exerce un métier qui réunit toutes ces passions.  

«Je dis souvent que je suis née pour être drag queen. Ma mère était une vendeuse Avon, pas très bonne», dit Gisèle en ricanant.  

Celle qui a suivi un parcours en danse s’est finalement retrouvée à danser au Cabaret Mado pour accompagner Rita Baga en 2009, amie qu’elle connaît depuis l’âge de huit ans. Gisèle a ensuite perdu un tirage au sort pour être drag lors d’une soirée, a eu la piqûre et, scénario digne d’un film américain, elle est en compétition en ce moment dans la populaire émission Canada’s Drag Race

Du gros bon sens 

Dépendamment du contexte d’un spectacle et de sa foule, la drag, qu’on peut comparer à une animatrice ou à une interprète, s’adapte. C’est important de revenir à la source: les personnes sous le maquillage sont des gens qui interprètent un personnage dans le but de divertir le public. Comme n’importe quelle interprétation, on se fie au contexte pour trouver la ligne du gros bon sens. Par exemple, les blagues plus vulgaires et les sacres sont réservés pour les crowds couche-tard dans les bars. Dans une animation de rue, on s’adresse aux enfants et au grand public. On y fait donc une imitation de ce qui ressemble le plus à une animation clownesque, avec plus de style.  

Le père Noël 

«M’as t’expliquer quelque chose, expose Gisèle Lullaby. Moi, quand j’étais jeune et que ma mère m’amenait à la bibliothèque, y’avait le père Noël qui était là: c’est un vieux monsieur avec une grosse barbe blanche qu’on s’assoit dessus et, des fois, il racontait des histoires de Noël. Ok? Pis, aussi, quand j’y allais [à la bibliothèque], plus jeune, y’avait une fille qui était déguisée en princesse et qui me racontait des histoires de princesses. Là [avec Barbada], on a une incroyable performeuse qui s’ajuste à un public jeune, pour qu’on puisse voir de la diversité.»  

C’est-à-dire des personnes noires, des drag queens, qui racontent des histoires. Si on critique ça, miss Lullaby nous conseille de trouver la vraie source de notre mécontentement.  

Des hommes déguisés en femmes, ça ne date pas d’hier 

«Moi, des drag queens, j’en ai vu toute ma jeunesse. J’ai été élevée avec Priscilla de Jean-Michel Anctil. Avec Colette de Pierre Brassard. Tsé, Stéphane Rousseau avec Madame Jigger? Marc Labrèche avec Brenda?», image Gisèle avec justesse.  

Elle nous fait également remarquer qu’on a déjà demandé à une comédienne (Danielle Proulx) d’interpréter un chien vétérinaire dans Cornemuse sans se trop se poser de questions sur la réception du public jeunesse.  

Selon Gisèle, en plus de divertir, faire de la drag, c’est offrir un hommage aux femmes : «La femme est toujours mise en valeur. On respecte la femme. On l’aime tellement qu’on s’en déguise.»  

Du positif, S.V.P!  

«Parlez de nos succès, pas de nos erreurs. Le monde parle de la fois que le spectacle a été cancellé […] au lieu de focuser sur le fait que Barbada, ça fait un an qu’elle est dans les bibliothèques tous les samedis, en train de montrer de la diversité.»  

Gisèle Lullaby croit que le meilleur moyen de combattre le négatif dans les médias, c’est de ne pas donner d’attention aux gens qui ralentissent la cause. 

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