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Un documentaire explore les responsabilités humaines derrière les feux en Californie

Photo: David McNew/Getty Images

Lucy Walker, réalisatrice nommée aux Oscars, avait à peine commencé son documentaire sur le plus grand feu de forêt californien de l’histoire, quand l’incendie a été détrôné par un brasier encore plus gigantesque.

Aujourd’hui, le terrible Thomas Fire de 2017 n’est plus que le septième en termes de superficie dévastée et devrait bientôt être dépassé par le Dixie Fire, qui fait rage dans les forêts du nord de la Californie, alors que le changement climatique rend la saison des feux de plus en plus longue, chaude et destructrice.

«Une des choses que j’ai apprises en faisant ce film, c’est que ces incendies arrivent tout le temps — ils se produisent encore et encore», explique Lucy Walker.

«C’est juste la terrible preuve de la thèse du film. Je ne voulais pas avoir raison, ni faire un film aussi actuel, mais c’est dans cette situation qu’on se retrouve.»

Bring Your Own Brigade («Amenez votre propre brigade»), qui sort dans les cinémas américains vendredi, examine les causes, problèmes et possibles solutions pour les feux qui endeuillent chaque année un peu plus l’Ouest des États-Unis.

Il s’ouvre sur les images poignantes de deux incendies qui ont dévasté en 2018 Malibu et Paradise, deux villes californiennes aux réalités socio-économiques opposées, et tué 88 personnes.

L’équipe a suivi de près le travail des pompiers pendant le carnage, et le documentaire se concentre sur les personnalités et histoires de ces soldats du feu et des résidents têtus, qui sont depuis retournés vivre dans les localités réduites en cendres.

Les récits héroïques laissent vite place à la conclusion que les personnes les plus affectées par les feux — et le changement climatique qui, selon les chercheurs, en accroît le risque — sont souvent les plus réticentes à changer leur comportement.

Les habitants de Malibu ont par exemple refusé une proposition visant à augmenter les impôts pour embaucher plus de pompiers, accusant ces derniers d’avoir échoué à sauver leurs maisons.

Et la ville de Paradise a rejeté une série de propositions peu chères et efficaces pour tenter d’éviter de futures tragédies, écartant même des solutions aussi simples que l’obligation de défricher un espace de 1,5 mètre autour des maisons.

«Le fait qu’une ville comme Paradise ne soit pas capable d’adopter des normes de construction signifie qu’ils vont se trouver à nouveau dans la même position», estime Lucy Walker.

«Nous n’avons même pas réussi à les convaincre que ces petits compromis ou ces petites dépenses en valent la peine. Je crois que ça a été édifiant», explique-t-elle à l’AFP.

«Américain individualiste»

Tout en abordant la question du changement climatique, le film explore aussi d’autres causes des feux de forêts, qui semblent au premier abord plus faciles à rectifier.

Les auteurs du film présentent l’idée pouvant sembler paradoxale selon laquelle l’exploitation forestière à grande échelle — solution proposée par l’ancien président Donald Trump — ne fait qu’aggraver la situation.

A Paradise, le meurtrier Camp Fire avait détruit une exploitation forestière, se répandant rapidement grâce à la façon dont les arbres sont plantés, aux résidus de bois et à la présence d’espèces invasives, comme des herbes fortement inflammables.

Lucy Walker s’est aussi entretenue avec des peuples autochtones comme les Plains Miwok qui, bien avant l’arrivée des Européens, se protégeaient des grands incendies par le «brûlage contrôlé», consistant à allumer de petits feux surveillés.

La pratique, qui vise à se débarrasser de la végétation à risque, est à nouveau de plus en plus commune en Californie, même si les habitants s’y opposent souvent par crainte pour leur sécurité ou la qualité de l’air.

«Quand nous ne sommes pas dans une situation d’urgence, il est difficile d’accepter de faire des compromis et des sacrifices», avance Lucy Walker, nommée deux fois aux Oscars, notamment pour son documentaire Waste Land, sorti en 2010.

«Je ne pense pas que ce soit quelque chose de propre aux États-Unis mais peut-être que c’est incarné par la figure de l’Américain individualiste qui brandit son arme à feu.»

La saison des feux en cours laisse penser que les mentalités devront évoluer rapidement.

Fin juillet, la superficie brûlée en Californie était en hausse de 250% par rapport à l’année précédente — pourtant la pire année dans l’histoire récente de l’État.

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