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Sexe et littérature, la mécanique de Mélodie Nelson

Mélodie Nelson lance son troisième livre, «La mécanique des désirs». Photo: Gracieuseté François Couture

Mélodie Nelson signe son troisième livre, La mécanique des désirs, qui porte sur toutes ces rencontres qui ont fait d’elle la femme qu’elle est aujourd’hui. Bien qu’elle soit diplômée en études littéraires et qu’elle mène depuis une douzaine d’années une carrière d’autrice à la plume accomplie, c’est rarement comme écrivaine qu’elle est d’abord présentée.  

C’est qu’elle a travaillé comme escorte dans la vingtaine, métier qui a d’ailleurs donné le titre de son premier livre et qui ponctue son nouveau roman à saveur autobiographique. Si Mélodie Nelson revendique ses années comme travailleuse du sexe, ça ne définit pas l’ensemble de son identité. 

«Être escorte, c’est un prétexte au livre, ce n’est pas le sujet», explique-t-elle à Métro, café filtre à la main, à une table de La petite marche, ce resto du Plateau où elle avait l’habitude d’aller lire ou de retrouver ses proches à l’époque où elle avait ses clients, comme elle habitait tout près.  

Livres et sexualité 

À travers les pages de La mécanique des désirs, l’amour des mots qu’entretient Mélodie Nelson se ressent presque autant que son besoin d’être sexuellement comblée. Faisant régulièrement référence à la littérature – de Marguerite Duras à un essai sur la pornographie –, mais aussi à ses cahiers de notes, sa passion transperce les pages comme l’odeur chlorée de sa poubelle à condoms.  

«Mes journaux intimes sont incroyables! confirme l’autrice. Je ne faisais même pas ça dans l’optique d’être publiée. Je voulais me rappeler mes clients.» Se rappeler celui qui portait une casquette et un t-shirt Ferrari; celui à qui elle a récité Hamlet; celui qui s’est procuré un certificat de santé pour qu’elle avale son sperme; celui qui la lèche avec une pastille Halls dans la bouche. 

Avant d’écrire, Mélodie lisait. Ses parents lui interdisaient de voir Les filles de Caleb, mais elle pouvait dévorer les romans d’Arlette Cousture. Peu à l’aise socialement, la jeune fille aux cheveux permanentés se sentait bien dans le confort des romans – au point où elle étudie aujourd’hui en bibliothéconomie.  

C’est d’ailleurs la littérature, entre autres, qui l’a poussée vers le travail du sexe. «J’ai tellement lu sur la sexualité, raconte Mélodie Nelson. Je me rappelle des Chiennes savantes de Virginie Despentes, qui est dans l’univers des bars de danseuses et des peep shows. Il y avait comme un défi; je voulais appartenir à ce monde-là.» 

Devenir escorte lui a permis d’établir un contact avec des gens qui lui ont appris à être présente avec les autres. «Avant, mon rapport avec les personnes passait tellement par la sexualité que je n’étais pas capable de faire autre chose, raconte celle pour qui une soirée entre ami.e.s finissait souvent avec une pipe dans les toilettes du bar. Être escorte, ça oblige à se poser, à être vraiment plus présente pour l’autre. Le rapport sexuel perd beaucoup d’importance.» 

Devenir Mélodie 

Quand Mélodie présente son nouveau livre, c’est en disant qu’il est le récit de qui elle est grâce aux autres. Grâce à sa cousine, à ses amies, à ses amants, à son ex-mari ou à ses parents, qui sont la raison pour laquelle elle signe ses ouvrages avec son nom d’emprunt. Pas par honte ou par gêne – ils sont au courant de son passage dans l’industrie du sexe – mais pour éviter de leur nuire.  

L’autrice a d’ailleurs appris, par un collègue de son père, que certaines personnes avec qui il travaillait avaient eu conscience de son passé d’escorte et s’étaient mises à émettre rumeurs et critiques. 

«Quand mon père entendait des choses sur moi, il restait fier, s’émeut Mélodie Nelson. Jamais il n’a nié quoi que ce soit. J’ai trouvé ça dur de savoir que mon père avait vécu ça, parce que c’était ma décision d’être escorte et d’écrire sur la sexualité, mais j’ai trouvé que c’était très digne et beau qu’il garde ça pour lui.» 

Mélodie Nelson affirme avoir cheminé grâce à ses collègues travailleuses du sexe et ses clients. Pour elle, ces relations ont carrément eu un effet guérisseur. «La sexualité, c’était ma façon de communiquer, admet-elle. C’était une échappatoire, à une certaine époque. Être escorte, ça a fait ma thérapie. C’est là que j’ai compris que j’aimais ça et, maintenant, je suis capable de le demander dans mes rapports.» 

Ces rencontres, qui passent également souvent par le sexe ou la littérature, fils conducteurs de la vie de l’autrice, c’est aussi ce qui lui a donné ses deux enfants, nés d’une histoire d’amour avec un client devenu son conjoint.  

Et des rencontres, il continue d’en naître de son écriture: «Dès que j’ai commencé à parler de ma façon d’envisager la sexualité et de mon expérience dans l’industrie du sexe, il y a beaucoup de personnes qui sont venues vers moi. Écrire, c’est sortir de mon isolement et ça a permis à d’autres personnes de sortir du leur, de se sentir moins seules.» 

La mécanique des désirs
Éditions Château d’encre
184 pages / En librairie

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