Un pharmacien à la maison
Une personne âgée consomme en moyenne entre 8 et 10 médicaments par jour. Un pour le cÅ“ur, un pour la pression à prendre à jeun ou en mangeant, un pour aider à dormir à prendre une heure avant de se coucher…
Ce n’est donc pas toujours facile de s’y retrouver, surtout quand les ressources adéquates ne sont pas disponibles. C’est une des raisons qui ont poussé le ministère de la Santé, en 2003, à mettre sur pied un groupe de travail, dont une des missions est de réfléchir à la façon de favoriser l’usage optimal des médicaments. Une des solutions proposées est de mettre sur pied un système qui favoriserait l’accès à un pharmacien aux personnes qui en auraient besoin, au moyen de visites à domicile.
Pour mieux comprendre le rôle d’un pharmacien à domicile, Métro s’est entretenu avec Michel Tassé, un des seuls pharmaciens québécois à effectuer ce genre de visites.
Quel est l’objectif visé par la consultation à domicile?
La visite à domicile est un outil, ce n’est pas une fin en soi. Elle est particulièrement utile pour les gens qui sont en perte d’autonomie et qui n’ont pas accès à un pharmacien. Il y a donc un intérêt certain à aller voir à domicile si le patient fait un usage sécuritaire de ses médicaments, pour vérifier si l’utilisation des médicaments est optimale.
Il n’est pas rare de voir les personnes âgées et en perte d’autonomie prendre plus de 15 médicaments par jour. C’est donc important d’aller vérifier les effets indésirables des médicaments, de faire le suivi de leur traitement. Tout l’aspect éducatif est très important. Il est primordial que le patient sache comment et pourquoi il doit prendre tel ou tel médicament.
Y-a-t-il un grand besoin pour ce genre de pratique?
Le besoin est énorme et il grandira encore avec le vieillissement de la population que l’on connaîtra dans les prochaines années. La visite à domicile d’un pharmacien, combinée avec celles d’un médecin et d’une infirmière, permettrait au patient de rester à la maison plus longtemps. Et une personne de plus à la maison est une personne de moins à l’hôpital. Les médicaments sont aussi une importante cause d’hospitalisation et de visite à l’urgence. En éduquant mieux les patients à propos de sa prise de médicaments, notamment grâce à des visites à domicile par exemple, plusieurs de ces hospitalisations pourraient être évités.
Bien qu’il y ait une dizaine d’années que vous faites des visites à domicile, le phénomène est encore très marginal. Pourquoi?
De fait, c’est très peu commun. Nous sommes peut-être quatre ou cinq pharmaciens à faire des visites à domicile au Québec. Mais la volonté d’aller vers ce modèle-là est bien présente. On cherche actuellement une façon de le faire qui serait compatible avec notre système de santé.
Devrait-on envisager que des pharmaciens de la pratique privée aillent à domicile et qui soient payés à la consultation? Devrait-on plutôt recourir à des pharmaciens provenant des CLSC? Dans ce cas-là, ils ne seraient pas payés à l’acte, mais plutôt pour le travail d’ensemble, comme c’est le cas pour moi actuellement. C’est
le Conseil du médicament qui a le mandat d’évaluer comment mettre un tel système en place, et je fais partie du groupe de travail qui pilote ce projet depuis environ un an.