Enseignement: hommes minoritaires
Pierre-Yves Guilbault est enseignant depuis cinq ans à la Commission scolaire de Laval. À l’école Saint-Gilles, où il enseigne en 6e année, il fait partie des cinq professeurs masculins… sur un total de 60 enseignants.
Est-ce que vous sentez que les garçons à qui vous enseignez s’identifient à vous?
Oui, parce qu’ils viennent souvent me parler de choses dont ils ne parlent pas avec leurs autres enseignantes. Souvent, ils viennent me parler de trucs de sport ou de jeux vidéo, que les enseignantes ne comprennent pas nécessairement. Par contre, les filles viennent moins me parler. Je trouve que la dynamique est vraiment différente.
Pensez-vous que le fait qu’il n’y ait pas beaucoup de professeurs masculins peut nuire au développement des garçons?
Je pense que cela pourrait juste les aider s’il y en avait plus. La situation actuelle ne leur nuit pas nécessairement, mais il leur manque peut-être quelque chose de temps en temps, quelqu’un à qui s’identifier. Surtout au primaire, parce que les petits garçons s’amusent à plein de choses, mais il n’y a rien qui les rejoint beaucoup à l’école, étant donné qu’il y a beaucoup de femmes qui travaillent dans tous les domaines. Je ne suis pas en train de parler contre mes collègues féminines non plus, mais on fait souvent des activités qui sont plus destinées aux filles. Les petits garçons sont plus actifs et ils veulent jouer à des choses. Et les professeurs masculins, nous sommes plus axés là-dessus dans notre enseignement.
Et au-delà de l’enseignement, s’il y a plus de profs masculins, les activités sont-elles différentes?
Ça bouge plus, c’est sûr. Par exemple, l’hiver, on fait le carnaval. Ce sont souvent des gars qui l’organisent; on fait des activités dehors et du sport. Donc, c’est sûr que cela rejoint plus les garçons. Des tournois, des activités sportives, ce sont des choses auxquelles les garçons vont plus s’identifier au primaire.
Est-ce que le peu de figures masculines en enseignement au primaire a influencé votre choix de carrière?
Oui, évidemment. En me disant qu’il n’y avait pas beaucoup d’hommes, je pensais amener quelque chose de plus à l’école, quelque chose de différent, en fait. J’amène une vision différente sur beaucoup de sujets, et je pense que cela aide beaucoup l’école. J’ai l’impression que nous, les professeurs masculins, allons droit au but plus facilement dans certains aspects ou projets.
Pourquoi pensez-vous qu’il y ait si peu d’hommes dans cette profession?
Je pense que, pour s’occuper des enfants, il faut avoir une patience qui est plus rare chez les hommes. Donc, l’école primaire est plus un milieu de filles. Et comme l’école est beaucoup plus axée sur les femmes, c’est difficile pour un gars de vraiment vouloir aller là-dedans. Il faudrait qu’on ait une vision plus globale, que l’école soit plus axée sur l’actif plutôt que de materner les enfants. Je crois qu’alors, il y aurait plus de gars qui s’inscriraient.