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Pour en finir avec l’«hyperparentage»

Photo: Métro

Certains parents se sentent obligés de microgérer tous les faits et gestes de leurs enfants afin qu’ils réalisent leur plein potentiel. Une nouvelle méthode d’éducation, souple et non interventionniste, enlève de la pression aux enfants… et aux parents.

Être parent est une source de stress. De nos jours, les parents ne sont pas censés s’occuper seulement de l’essentiel (aimer leurs enfants, les nourrir, les vêtir, les élever et faire le taxi). Notre société perfectionniste les pousse à établir un horaire punitif ayant pour but de transformer les enfants en génies, en champions de tennis ou en vedettes de comédies musicales montées par leur école.

Néanmoins, l’«hyperparen­tage», qui consiste à pousser un enfant au nom de la «réalisation de son potentiel», n’est pas nécessairement garant du bonheur, de la santé ou de la réussite. Ce ne sont pas tous les enfants qui ont l’étoffe d’un Ronaldo ou d’un Picasso. Ainsi, les pressions et l’excès de zèle des parents peuvent entraîner un sentiment d’anxiété, la peur de l’échec et une incapacité à être autonome.

Le livre Selfish Reasons to Have More Kids: Why Being a Great Parent Is Less Work and More Fun than You Think, écrit par l’économiste Bryan Caplan, a fait beaucoup de bruit. M. Caplan avance que l’hyperstimulation intellectuelle a peu d’effets à long terme sur les enfants. Il souligne que, selon des études menées auprès de jumeaux et d’enfants adoptés, la méthode d’éducation a une incidence faible, à long terme, sur une grande variété de résultats, dont la santé, le bonheur, l’intelligence et la réussite. D’après lui, les enfants ne peuvent pas être modelés. Tout comme du plastique souple, ils peuvent réagir aux pressions, mais ils reprennent leur forme originale dès que celles-ci sont relâchées. Par conséquent, il ne sert à rien d’essayer de les changer. «Même le bonheur n’est pas fonction de l’éducation», affirme-t-il.

Les partisans d’une nouvelle méthode d’éducation plus «sereine» croient que pousser un enfant à exceller est une perte de temps, puisqu’il est impossible de le changer, et nuit à la relation parent-enfant. «Nous poursuivons tous le même objectif : que nos enfants soient heureux et en santé et qu’ils réalisent leur plein potentiel, affirme Carl Honoré, tenant d’un mouvement qui préconise la lenteur et auteur de l’ouvrage Under Pressure: Rescuing Our Children from the Culture of Hyperparenting (www.carlhonore.com). Et nous pouvons tous l’atteindre en relaxant un peu, en établissant un juste équilibre entre le trop et le pas assez.»

Par ailleurs, les parents devraient se centrer moins sur leurs enfants. Les hyperparents courent trois fois plus de risques de souffrir de dépression et d’anxiété, selon la psychologue Madeline Levine, qui croit que les parents zélés tentent de combler ce qu’ils considéraient comme des manques dans leur propre vie. Pour le bien des enfants, il vaut mieux investir dans la relation parent-enfant.

«L’hyperparentage est éreintant, précise M. Honoré. Il place l’éducation des enfants à mi-chemin entre le sport de compétition et le développement de produit.» C’est épuisant, coûteux et stressant. «Il exerce des pressions sur un couple, car les deux partenaires sont fatigués, irritables et débordés, ajoute-t-il. Il leur reste peu de temps à passer en tête-à-tête. Au bout du compte, il peut causer une séparation.»

S’ils souhaitent tous le meilleur pour leurs enfants, comment les parents peuvent-ils parvenir à leur offrir des occasions d’apprentissage tout en leur laissant de la latitude? Selon M. Caplan, si vous êtes conscient de votre style de parentage, vous êtes sur la bonne voie.

«Ignorez la panique et la pression de conformité, et votre enfant se portera bien, conseille-t-il. Faites confiance à votre instinct. Trouvez votre propre style en tant que parent. Écoutez et observez vos enfants. Un enfant n’est pas un projet, un trophée ou une motte d’argile qu’on peut façonner pour en faire une œuvre d’art. C’est une personne qui s’épanouira si on lui permet d’être maître de sa vie.»

Conseils
Carl Honoré, partisan d’une éducation «lente», partage ses trucs.

  • Ne pas consulter de guides ni de sites web sur l’art d’être parent pendant une semaine. Il faut essayer de définir son propre style en tant que parent et ce qui convient le mieux à sa famille, au lieu de se préoccuper de ce que les autres font.
  • Résister à la tentation de jouer avec son enfant la prochaine fois qu’on l’amènera au parc. Il est préférable de le laisser tranquille pour qu’il puisse jouer tout seul ou avec d’autres enfants.
  • Réserver quelques heures par semaine à des activités non structurées. Les membres de la famille peuvent se reposer, bavarder, jouer à des jeux, cuisiner ensemble ou simplement faire ce dont ils ont envie.
  • Laisser les enfants raconter leur journée. On doit éviter de leur demander un compte rendu complet dès qu’ils rentrent de l’école.

Analyse
Selon le psychologue Bryan Caplan, vous savez que vous êtes un «hyperparent»…

  • … lorsque vous criez contre votre enfant au cours d’une activité que vous faites pour son «bien». Il est manifeste que l’activité nuit à votre relation sans même qu’un futur bienfait soit garanti.
  • … lorsque votre enfant de trois mois ne fait pas encore ses nuits. Apprenez-lui à dormir au lieu de toujours aller le voir dans sa chambre. Si vous passez une bonne nuit, vous serez un meilleur parent.
  • … lorsque vous vous rendez à une activité de votre enfant et que vous n’en avez pas envie. Si votre enfant se plaint et si vous n’avez pas le courage d’y aller, c’est un signe que l’activité est devenue une corvée.

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