La ferme s’installe en ville
Des terres agricoles disparaissent à un rythme effarant partout sur la planète au profit de l’urbanisation. Conséquemment, les concepts novateurs pour cultiver ses fruits et légumes en ville se multiplient.
Selon UN-Habitat, une branche des Nations Unies, 70 % de la population mondiale habitera en ville d’ici 2050. L’accès à des produits alimentaires frais et à bas prix risque donc de se complexifier considérablement. Non seulement il y aura plus de bouches à nourrir, mais les aliments issus de la terre proviendront de régions de plus en plus éloignées des grands centres urbains.
Au Canada, la pression qu’apporte l’urbanisation sur nos habitudes de vie n’a évidemment pas la même envergure qu’en Asie, par exemple. À Montréal, posséder son propre jardin est encore trop souvent perçu comme un passe-temps, voire un luxe, plutôt qu’un réel besoin. L’Office de consultation publique de Montréal (OCPM) le confirmait d’ailleurs dans un rapport publié le mois dernier. Les Montréalais sous-estiment nettement les impacts de cette pratique urbaine sur leur santé, leur intégration sociale, la lutte à la pauvreté et le développement durable.
Malgré tout, on observe un essor sans précédent de l’agriculture urbaine dans notre métropole ces dernières années. L’exemple le plus symbolique est assurément celui des Fermes Lufa qui, depuis 2011, gèrent une serre de 31 000 pieds carrés sur le toit d’un édifice commercial. Nourrissant annuellement près de 2000 personnes en fruits et légumes frais, ce concept novateur a été cité en exemple partout dans le monde.
Un autre modèle d’affaires qui fait énormément jaser depuis quelques semaines un peu partout sur la planète est celui de l’entreprise Sky Greens Farm. Cette dernière a mis au monde la première ferme verticale commerciale de Singapour.
Le concept? Au lieu de planter des graines directement dans le sol, les pousses sont cultivées dans des pots disposés sur des étagères robotisées de 9 mètres de haut. Grâce à des supports latéraux de forme triangulaire, les tablettes de ces étagères peuvent monter et descendre mécaniquement afin de s’assurer que chaque pousse obtienne suffisamment de lumière naturelle. Selon le Channel News Asia, la ferme produit quotidiennement une demi-tonne de légumes.
Et étonnamment, malgré des investissements initiaux de plusieurs millions de dollars, le coût unitaire des légumes qui y sont cultivés est à peine plus élevé que celui de l’épicerie du secteur (10 à 20 cents supérieur).
Ces dernières années, de nombreux architectes ont rêvassé à des concepts, plus originaux les uns que les autres, pour stimuler l’agriculture urbaine. Allant des tours de plus de 20 étages entièrement réservées à cette pratique au mur cultivable sur un édifice, très peu d’idées ont dépassé le stade de la table à dessin. Mais à la vitesse à laquelle se développent nos villes, l’urbanisation forcera probablement la fiction à devenir réalité.

