Un Noël en Syrie
« C’est vraiment très difficile de parler des émotions que nous éprouvons en ce moment », dit Antoine. Il a immigré à Montréal en 2001. Il vit avec sa femme et ses trois enfants à Ahuntsic où il tient une échoppe de tailleur. « Je dois dire que je décline en ce moment toutes les invitations que je reçois pour aller fêter Noël », avoue-t-il.
Il évoque pêle-mêle les problèmes liés aux pannes de courant, à l’approvisionnement et aux difficultés de communications que les membres de sa famille subissent. « Il y a trois jours, je parlais avec ma mère, elle est malade, ils n’ont pas pu lui ramener un médecin et elle ne trouve pas de médicament. J’ai essayé de la rappeler depuis, je n’ai pas pu », regrette-t-il.
Dans son magasin, Jean Hanna semble très occupé, mais lorsqu’on lui demande quelles sont les nouvelles qu’il reçoit de son pays natal, c’est toutes affaires cessantes qu’il se met à parler. «J’ai des membres de ma famille qui se sont exilés au Liban, d’autres sont encore en Syrie. C’est très dur pour eux et pour nous aussi qui sommes loin », lâche-t-il.
Colère et impuissance
« Que l’on soit musulman ou chrétien, l’esprit n’est pas à la fête, indique Maysoun. Nos cœurs sont là-bas. »
Pour elle c’est un conflit oublié par le monde et les Syriens sont livrés à leur sort. Pour essayer d’apporter assistance aux proches elle souligne le peu de moyens fiables pour s’assurer que les dons arrivent réellement dans le pays. « C’est le chaos là-bas. Il n’y a pas d’organisation fiable. Nous n’avons pas confiance », confesse-t-elle.
« On envoie de l’argent par le biais de l’Église », note M. Hanna. Pour ce qui est des garanties de voir les sous arriver à bon port : « je laisse cela à la conscience de ceux qui ont pris la responsabilité de faire parvenir les aides en Syrie. » Par contre, il est particulièrement irrité de ne pas pouvoir ramener ses proches au Canada. « Je ne comprends pas pourquoi nous ne pouvons pas le faire », peste-t-il.
« Je veux faire savoir aux membres du gouvernement du Canada et de Québec que rien n’est fait pour faciliter à nos proches de venir chez nous », renchérit Antoine.
« Pourquoi quand il y a eu le séisme à Haïti, les gens ont pu ramener leurs proches ici et pour nous c’est impossible. Il n’y a pas une famille syrienne qui a pu extirper les siens de cet enfer, confie-t-il. Mettons la politique de côté et parlons des aspects uniquement humanitaires. »
Trois Syriens, trois parcours différents et une souffrance identique. Tous trois ont souhaité de joyeuses Fêtes, aucun d’eux n’a voulu évoquer les aspects politiques du conflit.