Faire une différence dans la vie des jeunes
Bravant un froid sibérien, des élèves de l’école secondaire Eurêka, de la rue Victor-Doré, ont rendu visite aux enfants de niveau préscolaire de l’école Gilles Vigneault, le 22 janvier.
Chargés de cadeaux ces ados de 14 et 15 ans apportaient aux tout petits auxquels ils étaient jumelés, des jouets qu’ils ont fabriqués dans le cadre de leur cours de mathématique sous la direction de leur enseignante Ginette Lauzon. Grâce à la contribution de la caisse Desjardins Bois-Franc-Bordeaux-Cartierville qui a payé les matériaux et l’animatrice Nathalie Chauvin, ces élèves du secondaire ont fabriqué des jouets en bois et des marionnettes en tissu qu’ils ont remis en personne aux enfants de l’école Gilles-Vigneault.
Voici pourquoi nous publions ici-même sur le site internet, la version intégrale du texte que l’enseignante de français Pascale Boudry, initiatrice des cartes de souhaits accompagnant les cadeaux, a fait parvenir au Courrier pour l’occasion.
La naissance d’une petite lumière au fond des yeux
«Il était une fois, une enseignante d’une petite école qui rêvait de faire naître une petite lumière dans les yeux de ses élèves. Lorsqu’ils arrivaient dans sa classe, au début de chaque année, une certaine énergie semblait les animer. Elle reconnaissait chez eux le désir de bien faire les choses et de fournir les efforts nécessaires pour réussir. Malheureusement, ces bonnes intentions ressemblaient aux résolutions que nous prenons souvent au début de chaque nouvelle année et que nous laissons tomber trop rapidement en se promettant que la prochaine fois, nous y arriverons. Plus le temps passait, plus les têtes de ses élèves s’affaissaient sur les bureaux et l’ennui mortel envahissait peu à peu sa classe. La pauvre enseignante avait beau se documenter et s’approprier tout le savoir livresque qui portait sur les meilleures méthodes d’enseignement, inlassablement, année après année, elle se confrontait à la même réalité, ses élèves étaient atteints du même mal profond, la démotivation. Elle se présentait devant sa classe de bonne humeur, bien préparée, animée, avec du matériel coloré, mais après quelques minutes, elle perdait leur intérêt et elle assistait, bien impuissante, à leur déconcentration.
Elle eut alors l’idée de leur faire fabriquer des jouets tout en les amenant à développer des concepts de mathématique. Elle pensa alors que leur bonheur serait plus grand s’ils pouvaient offrir le jouet confectionné à un tout-petit qu’ils auraient d’abord rencontré. Elle avait lu dans un vieux bouquin poussiéreux, trouvé au fond d’une vieille armoire ayant appartenu à un vieux sage, que le plaisir d’offrir était plus grand que celui de recevoir.
Pour réaliser son rêve, il lui fallait se procurer les matériaux nécessaires à la fabrication des cadeaux et dénicher la perle rare qui pourrait enseigner aux plus grands le maniement des outils et l’amour du bois. Les étoiles étant bien alignées et cette personne extraordinaire se retrouva sur sa route.
Elle se demanda alors où trouver de jeunes enfants pour les jumeler aux plus grands. Elle pensa alors à un grand poète, qui avait su faire vibrer son cœur à travers les poèmes, les chansons, les histoires et les contes qu’il avait écrits. Un poète qui savait embellir la vie, idéaliser les événements, qui parlait du bonheur qu’il avait à jouer avec les mots, à les faire valser entre eux, à les aligner, à les faire rimer, à les faire vibrer.
Elle découvrit alors une petite école qui portait le nom du merveilleux poète où se trouvait des enfants venus de partout dans le monde qui découvraient le Québec à travers les coutumes et usages du pays, ce pays qu’ils participeraient tous à créer un jour, un pays aux couleurs du partage, de la tolérance et de l’amour. C’est ainsi qu’elle et ses jeunes rencontrèrent les enfants de l’école Gilles-Vigneault. Il ne lui restait plus qu’à trouver les fonds nécessaires pour mettre sur pied un si beau projet. Elle fit part de ses inquiétudes à la responsable de son école, une femme d’une grande sagesse, qui fut emballée par le projet. Elle lui proposa alors d’aller rencontrer une institution bien connue dans le petit village dont la philosophie s’harmonisait à sa démarche. Depuis plus d’un siècle, ce groupe financier visait le développement et la diversification d’activités ayant comme objectif l’essor social et économique du Québec. L’institution en question demeurait fidèle à la philosophie de son fondateur, Alphonse Desjardins. C’est ainsi que la Caisse Desjardins de Bois-Franc—Bordeaux—Cartierville qui désirait contribuer au mieux-être des individus de la collectivité accepta de collaborer au projet en le finançant. L’enseignante fut alors enchantée de voir qu’il était possible de coopérer avec des gens qui appuyaient son projet. La responsable de l’école, qui enseignait également le français et qui travaillait avec les mêmes élèves, leur proposa de créer de jolies cartes à remettre aux tout-petits avec leurs jouets.
Au départ, elle se confronta aux inquiétudes des adolescents qui craignaient de ne pas arriver à fabriquer un jouet de qualité. Heureusement, la perle rare qui les accompagnait les amena, à force de patience et d’encouragement, à croire en leur potentiel créateur. Ils apprirent à découper le bois, à le sabler, à le coller, à le peindre. Ils firent même des travaux d’aiguille et c’est avec étonnement que tous admirèrent le produit fini. Grâce à la générosité des donateurs et les efforts concertés de chacun, ce sont des adolescents heureux qui partirent, jouets en mains, rencontrer gamines et gamins pour leur remettre avions, camions, petits lits, castelets de marionnettes et jolies poussettes. Ainsi commença la tradition du partage de la nouvelle Année.
Sur le chemin qui conduisait à l’école des petits, ce sont des adolescents ravis qui quittèrent leur atelier sous une fine neige pour aller rencontrer leurs petits protégés. Ils furent accueillis par les cris des enfants et c’est avec beaucoup de tendresse et d’affection que les plus grands reçurent les câlins et les caresses des petits. C’est ainsi qu’une petite équipe qui désirait faire une différence dans la vie de jeunes adolescents réussit à faire naître la lumière dans les yeux des petits et des grands. L’enseignante comblée remercia le ciel de lui avoir permis de vivre un si beau moment et elle se promit de poursuivre cette aventure tant et aussi longtemps que la magie ferait son œuvre et que la lumière brillerait dans les yeux de tous les enfants, petits et grands!»