Pour un Montréal pluriel et métissé
Dans le cadre de ses études, concentrées en relations internationales, Juliette s’intéresse aux problématiques de la guerre et aux mouvements de population qui en résulte de même que de l’oppression des peuples due à des différences culturelles et ethniques. « C’est d’ailleurs des questions que l’on peut investiguer à Montréal notamment dans les quartiers à fort taux d’immigration, car plusieurs nouveaux arrivants s’installent ici parce qu’ils ont fuit ». D’ailleurs, c’est probablement cet intérêt qui a incité Juliette à travailler, via le service des loisirs Saint-Jacques, avec des groupes de jeunes de 6 à 12 de Ville-Marie.
« Nous sommes un organisme paramunicipal qui œuvre principalement avec les familles des Habitations Jeanne-Mance, informe-t-elle. Oui mon lieu de travail est situé tout juste à côté de l’UQÀM, ce qui peut être pratique, mais ce qui me frappe encore aujourd’hui, c’est qu’à proximité de l’université et de la place des festivals, on s’y sent comme dans une ville à part, en marge. »
« On assure avec les jeunes une certaine assistance scolaire, on les amène en classe verte et en classe neige, mais on essaie aussi de les faire sortir de leur quartier. D’ailleurs cet été nous avons amené un groupe à la plage du Cap-Saint-Jacques, c’était drôle, ils étaient vraiment dépaysés! Ils ne voulaient pas s’assoir par terre à cause des fourmis » se souvient-elle.
Pour un Montréal plus diversifié
L’expérience de Juliette avec les jeunes des Habitations Jeanne-Mance, l’amène à réfléchir sur la tendance lourde dans l’immobilier montréalais: l’embourgeoisement des quartiers par la construction de condos. « Le problème avec cela, et on l’observe dans presque tous les arrondissements, c’est que ça limite les espaces disponibles pour des familles de nouveaux arrivés qui n’ont pas les moyens de se payer un condo, déplore-t-elle. On éloigne ses immigrants de l’Île ou on les force à vivre dans des conditions difficiles dans des quartiers rudes comme Centre-Sud. » Cet éloignement désormais nécessaire pour trouver se loger rend par la suite encore plus difficile la recherche d’emploi: « pour des familles qui ne parlent pas le français il est presque impossible de trouver du travail à l’extérieur de Montréal et encore là, sans travail il est impensable pour ces nouveaux arrivants de suivre les cours de francisation, faute de moyens », analyse Juliette.
À l’aube de grands projets immobiliers de densification dans Ahuntsic, l’étudiante voit dans ce contexte une opportunité à ne pas manquer pour offrir davantage de logements sociaux dans l’arrondissement: « Ahuntsic représente, il me semble, un territoire intéressant pour les familles de nouveaux arrivants. Je me souviens quand j’étais jeune, c’était super de pouvoir bénéficier de tous ces parcs », confie-t-elle en soulignant également qu’un quartier au faible taux de criminalité contribue à améliorer le sort des familles plus démunies.
Loin de condamner l’arrivée massive d’immigrants au Québec, Juliette embrasse l’idée de recréer en ville des points de rencontre pour ces diasporas: « Le phénomène Chinatown on l’observe aujourd’hui un peu partout sur l’Île avec différentes communautés. Je trouve ça très important de réfléchir aux thèmes de l’intégration urbaine, mais une intégration métissée qui respecte et embrasse la diversité culturelle de ces membres », indique-t-elle. « Bref que Montréal se peuple avec des gens de partout sur la planète, je trouve ça vraiment positif parce qu’au fond, c’est cette idée que je me fais de ma Ville ».
D’après les données compilées par Collectif quartier, il réside à Ahuntsic près de 15 900 personnes à faible revenu. 20,7% des résidants du secteur n’ont pas de certificats d’études secondaires et 27,4% sont immigrants. 29,8% des Ahuntsicois ont une autre langue que le français ou l’anglais comme langue maternelle. Dans toutes ces catégories, Ahuntsic se situe en deçà de la moyenne montréalaise.