Dépister le mal
«On cible les femmes immigrantes d’origine arabe parce que trois femmes sur quatre ne passent pas le dépistage, c’est énorme», dit Christine Saint-Pierre, députée libérale de la circonscription d’Acadie entre deux séances photos-souvenirs. Elle a été nommée présidente de cette journée spéciale. Elle reçoit et accompagne à leur sortie les quatorze femmes venues pour des mammographies. Concertation-femme, l’organisme de Maysoun Faouri, avait pris rendez-vous pour elles. Elles sont âgées de 50 à 69 ans. C’est la catégorie qui inquiète le plus. «Pour les convaincre, il a fallu les contacter directement et leur expliquer», raconte Fatima Benaouda. Elle était médecin en Algérie. Elle est aujourd’hui intervenante pour Concertation-femme. «Il fallait leur dire en quoi cela consiste. Il fallait expliquer quels sont les avantages. Les informer que ce sont des femmes qui examinent et analysent les radiographies», explique-t-elle. «Pour beaucoup de femmes arabophones, faire une mammographie, relève du tabou. Certaines ne veulent pas savoir si elles sont malades. D’autres ne lisent pas les documents que leur adressent les services de santé», indique-t-elle. «Ailleurs à Montréal, cela ne se fait pas. Il n y a personne pour contacter les femmes. Une infirmière m’a expliqué que les CSSS envoient un courrier seulement», regrette Émilie Thuiller, conseillère municipale du district d’Ahuntsic.
Sauver des vies
Le programme de dépistage du cancer du sein (PQDCS) a été lancé en 1997. Il permet de localiser les tumeurs au stade le plus précoce pour favoriser la guérison, éviter de très lourdes chimiothérapies et parfois la mort.
Depuis 2011, avec Mieux vaut prévenir que guérir, Concertation-femme vise à augmenter le nombre des femmes âgées de 50 à 69 ans participant au PQDCS. Une tentative pour réduire les inégalités de santé liées à l’immigration aussi. «La mammographie voit des choses qu’elles ne peuvent pas voir toutes seules», explique Fatima Benaouda.
«En deux ans, depuis que le projet a été lancé, j’ai contacté personnellement 600 femmes», révèle-t-elle.
Maria Mourani, députée de Ahuntsic pour le Bloc Québécois, pense que : «dans les communautés arabophones, passer une mammographie n’est peut-être pas encore un réflexe. C’est peut-être la barrière de la langue, on reçoit une information qu’on ne comprend pas».
C’est pour cette raison qu’un cahier explicatif a été réalisé par Conertation-femme traduit en huit langues.
Barrières culturelles
La démarche engagée nécessite beaucoup d’efforts. «Les gens viennent avec leurs bagages et leurs craintes et il faut donc aller briser ces craintes», relève Emilie Thuiller. «Il faut trouver des façons d’améliorer l’intégration des femmes et l’accès à la santé, c’est une façon d’intégrer», signale-t-elle.
«Les femmes arabophones ont des craintes. Les femmes qui viennent d’Europe de l’Est disent avoir subi suffisamment de rayons après Tchernobyl. Il y’en a plein aussi, des Québécoises de souche, qui ne passent pas les mammographies. On peut faire toutes les campagnes de communication qu’on veut, il n’est pas dit que cela soit efficace», note-t-elle.