Soutenez

Donner d’une main pour reprendre de l’autre

Fabien Jean-Simon - TC Media
Marie Malavoy, Ministre de l’éducation, du loisir et du sport (MELS), annonçait récemment l’implantation de nouvelles classes de maternelle 4 ans qui pourraient accueillir, dès cet automne, 1200 enfants. De son côté, la Ministre de la famille, Nicole Léger, annonçait des compressions de 56 millions au budget des garderies, dont 37,9 millions dans les CPE (Centre de la petite enfance).

Un objectif louable mal financé

Dans un avis adressé à la Ministre du MELS en août dernier, le Conseil supérieur de l’éducation (CSE) recommandait que tous les enfants de 4 ans aient accès à des services d’éducation et d’accueil de qualité, dans l’objectif de contrer le décrochage scolaire. Des études montrent en effet que la fréquentation précoce d’un milieu éducatif favoriserait la persévérance scolaire.

Nous sommes en accord avec cet objectif et nous ne voulons pas discuter ici de la pertinence ou non de la maternelle 4 ans. Cependant, nous nous expliquons mal les compressions annoncées parallèlement dans les budgets des CPE, d’autant plus que ces derniers ont su démontrer, depuis leur implantation, leur expertise et leur utilité pour le développement de l’enfant et sa préparation à la rentrée scolaire.

Les CPE et la maternelle 4 ans ne devraient pas être en compétition, mais devraient plutôt être complémentaires, et idéalement, travailler en partenariat. Il est possible que les commissions scolaires, avec la maternelle 4 ans, réussissent à aller chercher davantage d’enfants issus de milieux défavorisés. Ainsi, on peut penser qu’offrir une autre option aux parents, soit la maternelle 4 ans, pourrait donner accès à un service d’éducation de qualité à un plus grand nombre d’enfants.

Or, le gouvernement semble traiter ces deux options de manière concurrente, en finançant en partie la maternelle 4 ans par l’argent récolté grâce aux compressions budgétaires imposés aux CPE et garderies. Les compressions seront récurrentes, puisqu’elles consistent en une réduction des subventions quotidiennes reliées à la fréquentation des enfants de 4 ans dans les CPE et les garderies (6,42$ de moins par enfant par jour). Les subventions pour les autres groupes d’âge demeureront les mêmes.

Il n’y a pas de justification à de telles compressions, puisque les enfants âgés de 4 ans qui fréquentent un CPE ne seront pas transférés dans les maternelles 4 ans, les besoins vont demeurer exactement les mêmes. Prendre des ressources à un réseau qui fonctionne bien et rencontre ses objectifs, pour les redistribuer à une alternative complémentaire et non concurrente nous apparaît comme une très mauvaise décision.

Des compressions budgétaires inacceptables

L’impact des compressions imposées aux CPE est important. En retranchant une partie de la subvention quotidienne liée aux enfants de 4 ans dans les CPE, on prive ces derniers de ressources dont ils ont besoin pour les transférer aux maternelles 4 ans. Or, le CSE ne privilégiait pas l’une ou l’autre des avenues, mais bien les deux. À long terme, l’on pourrait craindre qu’en raison du manque de ressources, les CPE soient contraints de diminuer les places pour les enfants de 4 ans, augmenter le ratio enfants/éducatrice, mettre un terme aux groupes multiâges (3-4 ans), diminuer l’offre des activités spéciales, etc.

On apprenait aussi que sur les 37,9 millions de compressions, le gouvernement compte aller puiser 6,6 millions dans les surplus des CPE. Ces surplus servent souvent à l’entretien d’infrastructures, ou à des projets d’aménagement (cour, jeux extérieurs), projets qui demandent des prévisions budgétaires à plus long terme. Aller puiser dans ces surplus revient à punir la saine gestion des CPE, ce qui nous semble inacceptable.

Maintenir le réseau des CPE

Il est somme toute assez étrange de vouloir sabrer dans les CPE, qui sont un modèle de réussite à plusieurs égards, et qui ne suffisent pas encore à répondre à la demande (les longues listes d’attente en témoignent). Ce n’est pas en réduisant les subventions que les CPE y arriveront.

Effectuer des compressions dans le réseau des CPE pour permettre à la maternelle 4 ans de se développer nous semble contre productif. On peut aussi se demander si les écoles seront prêtes dès cet automne pour recevoir ces enfants. Il est question de 1200 enfants, ce qui veut dire que l’on compte ouvrir une soixantaine de classes de maternelle 4 ans. Les infrastructures et le personnel seront-ils au rendez-vous?

Alors que le gouvernement libéral imposait, en 2005, des compressions de 40 millions de dollars aux CPE, Pauline Marois accusait le gouvernement de «s’apprêter à démanteler le réseau». On peut se demander ce qui a changé, aujourd’hui, pour que ces compressions soient maintenant jugées acceptables, surtout pour celle que l’on a surnommée la «mère des CPE.»

Les membres du CA du CPE du Petit Monde du Collège Ahuntsic: Julie Bérubé, Charles-André Bureau, Julie Cloutier, Catherine Legault, Hugo Roy, et Lorraine Lebel, directrice.

Articles récents du même sujet

Mon
Métro

Découvrez nos infolettres !

Le meilleur moyen de rester brancher sur les nouvelles de Montréal et votre quartier.