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Un missionnaire africain à Bordeaux-Cartierville

Photo: Isabelle Bergeron/TC Media

Jeune, l’abbé Jean-Louis Nvougbia, qui officie aujourd’hui à la paroisse Sainte-Famille-de-Bordeaux, n’imaginait pas un jour qu’il serait prêtre et encore moins au Québec. Au moment où on s’inquiète de plus en plus du manque de vocation au Québec, l’abbé Jean-Louis illustre à sa manière ce renouveau de la foi catholique qui vient d’ailleurs. Le «Courrier» l’a rencontré.

C’est à 15 ans, lors d’une messe qu’il découvre dans son pays, le Congo, que les noirs pouvaient célébrer l’Eucharistie. «Dans ma tête de gamin, je pensais que seuls les blancs pouvaient devenir prêtre», raconte-t-il.

Retour à la vocation
Cette découverte fait remonter chez lui cette envie ressentie quelques années auparavant du sacerdoce. L’abbé Jean-Louis a toujours vécu dans un environnement religieux. Dans son village natal de Piko, son père était le catéchiste. En l’absence de prêtres, c’est lui qui rassemblait les gens pour prier. «Le prêtre blanc venait une fois par mois pour célébrer la messe.»

À 16 ans, le jeune Jean-Louis entre dans un petit séminaire puis, six ans plus tard, il se rend à Brazzaville, la capitale pour rejoindre une plus grande institution. Il y termine sa philosophie en 1992, puis va faire un stage pastoral durant une année avant de revenir pour sa théologie. Il entame une vie religieuse qu’il imagine mener dans son pays.

Changement de vie
En octobre 1993, la guerre civile éclate. Dans le cours des événements, il est pris en otage avec 150 autres stagiaires de son séminaire. Une fois libéré, il est envoyé comme d’autres en stage à la campagne. La situation ne s’arrange pas et son évêque le convoque un jour. «Il m’avait dit : tu vas au Québec parce qu’on y parle français. Je n’avais même pas de passeport et il fallait que j’aille chercher mon visa en Côte d’Ivoire. Je n’avais jamais prévu tout cela.»

Il arrive à Montréal le 15 septembre 1994. Il ne fait pas trop froid. Il ne sait pas ce qui l’attend. «Pour moi c’était un voyage pour faire des études. Une fois que c’était terminé, je devais retourner au Congo», dit-il. Il entame pour trois ans son cours de théologie, il ne quittera plus jamais le Québec.

Un autre ministère
Outre le froid, le père Jean-Louis découvre aussi une documentation plus riche et de meilleures conditions d’études. Il entrevoit aussi la forme de son sacerdoce. Il sera comme les prêtres blancs qu’il a rencontrés dans son pays de naissance, une sorte de missionnaire.

«Au Congo, je vivais un confort pastoral et spirituel, une fois ici, je l’ai perdu comme les missionnaires blancs ont perdu le leur quand ils sont allés évangéliser les gens en Afrique», explique-t-il. Dans le grand séminaire de Montréal, ils seront cinq dans sa cohorte dont deux africains. Il est heureux au Québec et à la paroisse Sainte-Famille-de-Bordeaux, mais sa vie sacerdotale est une adaptation permanente.

Une église ouverte sur le monde
M. Nvougbia a été ordonné prêtre en 2002. Sa paroisse actuelle compte quatre anciennes églises où on a ses habitudes et ses traditions. Un prêtre venu de si loin se devait de trouver le moyen de se faire accepter. «Les gens ont peur de ce qu’ils ne connaissent pas, relève-t-il. Il faut savoir se rapprocher d’eux.» Aujourd’hui, il célèbre des mariages et des funérailles, visitent les malades, il fait son office.

Son service, il l’effectue aussi dans un quartier qui reçoit beaucoup de nouveaux arrivants de toutes origines. Certains de tradition catholique sont en quête de spiritualité dans leur nouveau pays, nouveau quartier. «Je vais à leur rencontre et je leur demande ce qu’ils attendent de nous», explique-t-il. Son plus grand désir est de faire de la paroisse une grande famille et ouvrir l’église à tous.

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