Qui prendra le contrôle du monstre?
Avant même le début des audiences de la commission Charbonneau, on savait qu’un réseau bien structuré avait établi son emprise sur le processus d’octroi des contrats publics. L’opposition, à l’Assemblée nationale, se disait prête à contrer ce fléau, mais il fallait d’abord changer de gouvernement.
C’est maintenant chose faite. Le Parti québécois a les rênes du pouvoir depuis le 4 septembre, mais les miracles annoncés tardent à se concrétiser. Pourtant, à entendre leurs ténors, au cours des dernières années, le gouvernement disposait déjà de tous les outils pour agir immédiatement. Qu’est-il advenu de toutes ces solutions toutes prêtes dont on disposait durant la campagne électorale?
Sans l’admettre, le gouvernement Marois reconnaît implicitement qu’il ne suffit pas de changer de capitaine pour que s’apaise la tempête qui menace le navire. D’ailleurs, le stratagème qui coûte des milliards de dollars aux contribuables n’a pas été mis en place par ceux dont on veut absolument faire tomber les têtes. À Montréal, du moins, il a été démontré, devant la commission Charbonneau, que la collusion entre les entrepreneurs existait bien avant les années 2000. Je suis d’ailleurs convaincu qu’il en est de même dans toutes les grandes villes et dans la plupart des ministères.
Je pense que le gouvernement Marois a une lourde tâche sur les bras s’il veut éliminer la corruption et la collusion. Les mesures qu’il fera adopter devront aller bien au-delà du financement des partis politiques et du contrôle des dépenses électorales. Tant qu’on mettra l’accent sur cet aspect du problème, les truands qui en profitent seront morts de rire. Il leur suffit de verser de l’argent dans les coffres des partis politiques pour que toute la grogne populaire se tourne vers les élus.
On le voit clairement avec ce qui se passe à Montréal. On réclame le départ du maire, mais s’il cède à ces pressions qui pourrait prendre sa place? Dans le contexte actuel, ce serait probablement un élu du parti Union Montréal, mais l’image de cette formation politique a été ternie par les allégations faites devant la juge Charbonneau. Si, à la faveur d’un changement législatif, des élections sont déclenchées prématurément, Richard Bergeron et Louise Harel seront sans doute sur les rangs, mais les sondages démontrent que les citoyens ne sont pas prêts à leur accorder leur confiance. Il y a aussi Denis Coderre, mais de bonnes âmes se sont vite empressées de rapporter qu’il avait déjà bénéficié de financement de source douteuse, dans le cadre de ses activités électorales. Dans un contexte où la suspicion et le cynisme prévalent, les prérogatives du nouveau maire de Montréal seraient sûrement très limitées.
Ailleurs, c’est pareil. Le monstre qui s’alimente au trésor public est puissant et dangereux. La riposte gouvernementale qui vise à le mater ne doit pas être improvisée; elle devra atteindre la source même du mal. C’est une démarche qui ne doit surtout pas être élaborée dans un climat teinté de considérations partisanes.