Le Plateau, trop risqué pour les vélos?
Lorsqu’on voit l’ampleur du problème, mais surtout le fait qu’il perdure depuis plusieurs années, on n’a de quoi s’inquiéter. « C’est un problème récurrent pour les résidents du Plateau, reconnaît Alex Norris, conseiller de ville du Mile-End. C’est que nous avons une des plus fortes concentrations de cyclistes en Amérique du Nord. »
Une responsabilité partagée
Pour M. Norris, les cyclistes comme les autorités municipales ont chacun un rôle à jouer pour prévenir ce fléau. « Du côté du cycliste, il doit avoir un cadenas adéquat », indique le conseiller.
Un point que partage Suzanne Lareau, présidente-directrice de Vélo Québec. « Le cadenas est essentiel. Mais il faut s’assurer de sa qualité. Un cadenas à 20 $ est très facile à couper. On recommande généralement les cadenas en U comme les Kryptonite », renchérit-elle.
Ainsi, selon une étude réalisée dans le cadre d’un article publié dans Vélo Mag, une grande variété de chaînes et de câbles résistent aux dents d’une scie qu’une vingtaine de secondes.
De tous les cadenas testés par l’équipe du magazine, la marque Kryptonite (chaînes ou cadenas en U) résistait le mieux aux vols. « Il faut savoir qu’on ne peut jamais éviter un vol à 100 %. Tout ce qu’on peut faire, c’est réduire les risques », nuance Mme Lareau.
Cadenasser : un savoir-faire qui s’apprend
Un cadenas, certes, mais encore faut-il savoir l’utiliser. « Je vois beaucoup de vélos barrés de manière inadéquate lorsque je me promène sur le Plateau, note-t-elle. La meilleure façon de le faire, c’est d’utiliser un maximum d’éléments du vélo, le cadre et une des roues par exemple, et du mobilier urbain. Le moins d’espace on laisse entre le cadenas et ces éléments, le mieux c’est. »
M. Norris reconnaît également le rôle de l’arrondissement dans ce dossier. « De notre côté, nous avons l’obligation d’offrir des stationnements sécuritaires pour les cyclistes », déclare-t-il. Pour ce faire, l’arrondissement a d’ailleurs commandé 250 supports à vélo qui devraient être installés cet automne. Ceux-ci, conçus par un résident du Plateau, seraient différents des supports que l’on connaît, car ils offriraient plus de places pour cadenasser les vélos.
Le manque d’installations pour vélos est un des problèmes que note quotidiennement la présidente-directrice de Vélo Québec. « Je vois souvent des bicyclettes attachées à des clôtures ou alors à des arbres, observe Mme Lareau. La Ville pourrait en faire plus et même récupérer de l’espace dans les rues pour en installer. » Elle encourage aussi les commerçants à installer des supports près de leurs boutiques.
À qui profite Internet?
Il demeure que devant cette épidémie de vols, beaucoup de citoyens se sont retournés vers un groupe Facebook créé par des citoyens.
Celui-ci existe depuis plusieurs mois. Néanmoins, sa popularité est allée en croissant depuis un article publié dans Le Devoir. « On a eu au-dessus de 60 mille visiteurs en deux semaines », fait savoir Dominique Audet, le créateur de la carte.
Selon lui, cette carte permet aux citoyens de connaître les zones les plus à risque. « La majorité des gens savent qu’il y a beaucoup de vols dans le centre-ville, mais avec cette carte, on découvre d’autres quartiers où les vols sont fréquents », explique M. Audet.
Paradoxalement, Internet est aussi le meilleur moyen utilisé par les revendeurs de vélos volés. Ainsi, à Vancouver, une jeune femme à retrouver sa bicyclette grâce au site Craiglist. Le Blogue urbain du Devoir répertoriait des cas similaires le 27 août.
Devant cette réalité, M. Audet conseille aux cyclistes de surveiller les sites de petites annonces comme Kijiji, Craiglist et LesPAC.com. « Il y a beaucoup de voleurs qui y annoncent chaque jour des vélos à bas prix. Comment se procurent-ils ces vélos? Personne ne le sait », conclut-il.
En effet, pour l’instant, il semble être impossible de retracer l’origine d’un vélo acheté sur Internet. Mme Lareau donc de toujours garder le numéro de série et la marque du vélo avec soi. « Comme ça, lorsqu’on se présente au poste de police, on a quelque chose à leur donner pour les aider à identifier un vélo volé », indique-t-elle.
Rémy-Paulin Twahirwa