Serge Dandurand: 50 ans de feu sacré
Le Pointelier nous donne rendez-vous au Musée des pompiers, situé à l’angle de l’avenue Laurier et du boulevard Saint-Laurent, dans le Plateau-Mont-Royal. M. Dandurand nous offre une visite guidée des lieux, dont il est responsable. Intarissable, il connait par cœur l’histoire de tous les objets exposés. Casques de pompiers, appareils de communication, pompes à eau: tous ont leur anecdote. Mais d’où lui vient cette fascination pour l’univers des pompiers?
« J’ai été élevé dans la caserne 16, près du parc La Fontaine. Quand j’avais 9 ou 10 ans, je passais ma journée avec les pompiers et j’allais faire leurs commissions. Des fois, ils m’amenaient avec eux au feu. Ils me disaient de me cacher dans le camion. Le chef de la caserne était l’oncle d’un de mes amis. Souvent, mes parents l’appelaient le soir venu pour lui dire de me renvoyer à la maison », se souvient celui qui a grandi sur la rue de Mentana, près de la rue Rachel.
« Ç’a toujours été ma passion. Je voulais devenir pompier, mais il y avait un petit problème. À l’époque, à Montréal, il fallait mesurer au moins 5 pieds 8. Moi, je mesurais 5 pieds 6 et trois quarts.»
C’est ainsi que l’homme est devenu pompier auxiliaire, parallèlement à sa carrière dans le domaine de l’aviation.
« Un pompier auxiliaire, c’est un bénévole. Il s’occupe de conserver les pièces du service d’incendie et répond aux troisièmes alertes (incendies qui demandent un déploiement de plus de 80 pompiers) avec le camion rehab », explique celui qui a reçu la première médaille de reconnaissance du SIM de l’Est, à l’occasion du 150e anniversaire de celui-ci.
Le « camion rehab », autrefois appelé la cantine, sert à approvisionner les pompiers en boissons froides et chaudes, ainsi qu’en collations, durant les longues heures au feu. De cette manière, même s’il n’a pas, à proprement dit, combattu les flammes, M. Dandurand s’est retrouvé aux premières loges de tous les incendies marquants de Montréal, faisant tout ce qu’il pouvait pour aider.
50 ans de service
M. Dandurand est entré en service le 4 décembre 1962. Il s’en rappelle comme si c’était hier.
« Je n’avais eu aucune préparation. Ils m’ont donné un képi et une veste. Quand je suis revenu à la caserne, je me voyais chef de tous les pompiers de Montréal », blague-t-il, fier comme un paon.
En 50 ans de service, M. Dandurand a tout vu. Il a notamment assisté aux incendies de la Woodhouse (1963), de la station de métro Henri-Bourassa (1971) et de la place Alexis-Nihon (1986). Il y a vu périr certains de ses amis. Dans le musée, un mur entier est dédié aux pompiers morts en devoir. Leurs casques y sont exposés. Chaque fois qu’il le regarde, M. Dandurand est particulièrement ému, confie-t-il.
L’homme a aussi vécu les différentes petites révolutions qui ont transformé le métier de pompier.
« Ce qui a le plus changé, c’est la sécurité. L’équipement n’est plus pareil. En 1962, les appareils respiratoires, ce n’est pas tout le monde qui les portait. Certains avaient peur de passer pour des peureux. C’était dans l’air du temps. Avec les nouvelles lois, les pompiers n’ont pas le choix d’avoir tout leur équipement.
« Ce qui a changé aussi, ce sont les matériaux que l’on retrouve dans les maisons. Tout est fait en plastique, c’est corrosif. Avant, tout était en bois », explique-t-il.
Toutefois, ce qui a vraiment révolutionné le mode d’intervention des pompiers, ce sont les moyens de communication.
« De nos jours, la communication se fait dans la seconde. Ils ont du matériel pour avoir accès aux plans de la bâtisse. C’est plus facile pour diriger les opérations. Avant, plus le feu était gros, plus le chef criait, blague-t-il. Sérieusement, quand j’ai commencé, on fonctionnait au bouche-à-oreille. Le chef de la caserne avait un chauffeur, qu’il envoyait vérifier l’état du bâtiment. C’était ses yeux. »
Même si le travail de pompier a beaucoup évolué, M. Dandurand est toujours aussi passionné.
« Je vais mourir pompier auxiliaire », conclut-il, tout feu, tout flamme.
Tout au long de l’année, différentes activités sont prévues pour souligner le 150e anniversaire du SIM, notamment une immense parade à l’été. Pour en savoir plus sur l’histoire des pompiers et rencontrer M. Dandurand, on visite gratuitement le Musée des pompiers (5100, boulevard Saint-Laurent). Pour connaître l’horaire d’ouverture, on consulte le www.museedespompiers.com ou on communique avec le 514 872-3757.