Littérature jeunesse en péril
À l’automne dernier, l’artiste résident du Plateau-Mont-Royal avait dénoncé le peu de visibilité accordé aux auteurs jeunesse dans les grandes chaînes de librairies.
« La littérature jeunesse ne va pas si bien. Il y a des cycles. Avec l’économie qui va mal et les livres qui sont chers à produire, il faut en vendre beaucoup pour que ce soit rentable pour un éditeur. Depuis quelques années, les ventes ne sont pas très bonnes. Si on ne trouve pas nos livres, comment veux-tu que les gens les achètent? Ils pensent qu’il n’y a pas de livres jeunesse qui se font au Québec, alors qu’il y en a plein! Ils achètent la cochonnerie qu’on leur montre », affirme M. Béha.
Si cette sortie a permis de sensibiliser quelques personnes, elle n’a pas réussi à changer les pratiques, dit-il.
« Ç’a permis de conscientiser le public, mais aussi les librairies indépendantes [ sans toutefois changer les pratiques des grandes chaînes de librairies]. Plusieurs propriétaires m’ont dit qu’ils ne me connaissaient pas avant ma sortie et qu’ils ne savaient pas qu’il y avait une aussi belle littérature ici. Ça leur a ouvert les yeux. »
Outre l’économie et la mise en marché, un autre problème nuit au déploiement des livres pour enfants, selon lui : la multiplication des maisons d’édition jeunesse.
« Depuis quelques années, on voit beaucoup d’éditeurs jeunesse qui font beaucoup de livres. Est-ce qu’ils en font trop? Possiblement. Est-ce qu’ils sont tous bons? Non. Peut-être que l’on devrait faire un tri. Il y a aussi le fait que l’illustration, de manière générale, ne fonctionne pas très bien. Plusieurs se tournent vers la littérature jeunesse pour faire de l’argent. Or, tu ne fais pas d’argent avec ça, surtout pas au Québec. Je ne vivrais pas de mes redevances de droits d’auteurs, malgré 170 livres. C’est le reste qui me fait vivre », indique-t-il, déplorant que certains ouvrages ne proposent « qu’une belle image », mais qu’ils sont sans âme.
Malgré cette « crise » du livre pour enfant, Philippe Béha croit que celui-ci n’est pas prêt de mourir. Il estime néanmoins qu’une restructuration des maisons d’édition et qu’un resserrement des choix éditoriaux sont nécessaires.
« Il faut peut-être faire moins de livres, mais de meilleurs choix. Il y a une prise de conscience à avoir. »