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Pervers : la rumeur court

Tranchemontagne Daphnée - TC Media
Une fois lancée, une rumeur est difficile à stopper. C’est ce qu’apprendra à ses dépens Gethin, le personnage principal de la pièce Pervers présentée au théâtre de la Licorne, du 17 janvier au 23 février.

Le jeune homme souhaite réaliser un documentaire sur le thème de la perversité. Pour se faire, il demande à sa sœur de propager des rumeurs à caractère sexuel à son sujet, qui prendront des proportions insoupçonnables.

« Gethin veut faire une œuvre qui va marquer, quelque chose de grand. Il défend l’idée que les gens réagissent trop vite aux rumeurs. Ce qu’il veut défendre, ce sont les gens qui sont faussement accusés sur la base de ouï-dire. En voulant faire un documentaire pour dénoncer ça, il se retrouve pris au piège », indique le metteur en scène, Philippe Lambert, tissant un parallèle avec le Commission Charbonneau, où la majorité de la population, sur la foi d’allégations, est prête à condamner les personnes visées.

Le désir de Gethin d’aider les autres est néanmoins porté par une attitude très narcissique, estime M. Lambert.

« Au début, tout tourne autour de lui. Mais au fil de l’histoire, cette rumeur à des effets sur ses proches. La pièce parle des responsabilités qu’on a face aux gestes que l’on pose. Le personnage se croit tout permis au nom de l’art. Mais est-ce qu’on peut détruire sa cellule familiale et faire mal aux gens qui nous entourent pour un documentaire? Il n’a pas cette conscience-là.

« Ce qui est important dans la pièce, ce n’est pas de savoir s’il est coupable ou non, mais bien son attitude. Le titre de la pièce, Pervers, fait référence à la perversion au sens propre, mais aussi aux effets pervers de nos actions », explique-t-il.

Les rumeurs à la vitesse grand V

Si le phénomène des rumeurs a toujours existé, il est désormais accentué par Internet et les médias sociaux. L’information y circule plus vite et prend des proportions démesurées. On n’a qu’à penser à l’histoire de Marjorie Raymond, cette adolescente qui s’est suicidée après avoir été victime d’intimidation, rappelle le metteur en scène.

« Internet n’est qu’un vecteur. La rumeur part verbalement, mais se diffuse ensuite sur les médias sociaux.

« Sur Internet, il y a les fameuses photos, les montages où on met une tête sur un faux corps. Il y a aussi la possibilité de fouiller dans l’historique des sites visités. Par après, on peut leur faire dire n’importe quoi. La vie privée est exposée au grand jour. Comment peut-on se défendre contre ça, comment différencier le faux du vrai? Les rapports humains sont écorchés et transformés par cette technologie », fait-il valoir.

Si la pièce soulève de nombreuses questions sur la liberté d’expression et l’utilisation d’Internet, elle n’offre cependant aucune réponse.

« À la Manufacture, on aime ce théâtre-là. Il fait réfléchir, c’est grinçant. On se retrouve tous à travers l’un des personnages. L’auteur dresse un portrait de la jeune génération, mais elle va aussi beaucoup plus loin, en montrant comment les gens peuvent être affectés », conclut-il.

La pièce Pervers est présentée au théâtre de la Licorne (4559, avenue Papineau), du 15 janvier au 23 février. Pour en savoir plus, on visite le www.theatrelalicorne.com. Billetterie : 514 523-2246.

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