La guerre à l’intimidation
En mai dernier s’est déroulé le colloque national du Regroupement des maisons de jeunes du Québec (RMJQ). Dans le cadre des ateliers auxquels les jeunes québécois âgés de 12 à 18 ans ont pu participer, le thème de l’intimidation est ressorti comme étant une problématique particulièrement préoccupante. Voilà pourquoi le RMJQ a décidé d’agir en posant des actions concrètes.
« Dans le cadre du colloque, les jeunes ont demandé au Regroupement de se mobiliser et de se positionner par rapport à ce problème qui les touche beaucoup », a lancé d’entrée de jeu Sophie Laquerre, animatrice à la Maison des jeunes du Plateau.
L’appel a été entendu. Le 2 novembre, le RMJQ et les jeunes qui fréquentent les maisons ont dévoilé la première étape de la stratégie de mobilisation, qui consiste à appuyer publiquement la Fondation Jasmin Roy. Cet appui a d’ailleurs été fort bien accueilli par la Fondation, qui a pour mission de contrer l’intimidation et d’offrir son soutien aux victimes de violence à l’école. « Cette nouvelle collaboration cadre très bien avec notre désir d’impliquer la communauté et de créer un engouement pour notre mission qui dépasse la limite des murs de l’école », a mentionné par voie de communiqué Cédrick Beauregard, directeur général de la Fondation.
Jusqu’à la mi-juin, le Regroupement va donc effectuer une tournée provinciale des maisons de jeunes du Québec, histoire de discuter avec plus de 500 ados sur le sujet de l’intimidation et d’entrevoir différentes pistes de solution pour contrer ce phénomène. Le plan d’action, élaboré par et pour les jeunes, sera dévoilé lors de la prochaine édition de la Journée des maisons de jeunes, le 13 octobre 2012.
Un phénomène répandu
Lorsque Sophie Laquerre a sondé les ados qui fréquentent la Maison des jeunes du Plateau sur la question de l’intimidation, l’animatrice a été surprise de constater l’ampleur du problème. « Presque tous les jeunes avaient subi de l’intimidation, à un moment ou à un autre de leur vie », s’étonne-t-elle. Taxage, menaces, insultes, violences physiques ou psychologiques ; l’intimidation peut prendre différents visages. « Quand tu vis du rejet dans une période d’identification comme celle de l’adolescence, ça peut évidemment créer des malaises, commente Mme Laquerre. Les agresseurs font souvent ça pour se remonter eux-mêmes. Ils souffrent également. C’est un phénomène chargé de souffrances ».
Victime de la raillerie de ses camarades de classe à cause d’un léger problème de dentition, Cynthia Bédard s’est fait lancer des roches quand elle avait 12 ans. Aujourd’hui âgée de 17 ans, la jeune fille, qui fréquente la Maison des jeunes du Plateau depuis un an, soutient pourtant que les mots font plus mal qu’un caillou. « Les mots viennent toucher la confiance et l’estime de soi. C’est comme se faire piler dessus. Le soir, je pleurais en cachette dans ma chambre », confie-t-elle, ajoutant avoir parfois songé au suicide.
« Un jour, dans un restaurant, j’ai entendu une petite fille dire à sa mère qu’elle vivait ce problème. Ça m’a fait de la peine. Je ne voulais pas qu’elle subisse la même chose que moi », continue Cynthia. C’est à partir de ce moment que l’adolescente – aujourd’hui heureuse et amoureuse – a décidé de dénoncer le phénomène. Elle désire s’impliquer activement auprès de la Fondation Jasmin Roy pour changer les choses.
Anthony Lemay, 15 ans, a de son côté été victime d’intimidation à cause de son poids. « C’était de la violence physique ou verbale, je me suis fait pousser et étrangler. Ça a pris du temps avant que j’en parle. J’ai pensé au suicide. Je ne voulais plus aller à l’école », témoigne le jeune homme qui a finalement tout avoué à sa grand-mère.
L’intimidation a cessé après que ses parents et lui aient rencontré la directrice de l’école et que les agresseurs aient été suspendus.
Les deux ados s’entendent pour dire que l’intimidation est monnaie courante dans les écoles primaires et secondaires. « Je vois beaucoup de jeunes des classes spéciales [troubles d’apprentissage] qui se font pousser ou traiter de trisomiques ou d’orthos », souligne Anthony, qui fréquente l’école Jeanne-Mance sur le Plateau.
« Ça me fait de la peine pour les autres. C’est important d’en parler pour sensibiliser le monde et pour que les agresseurs prennent conscience des conséquences de leurs actes », croit Anthony.