Une histoire de chocolats et de femmes!
À ce jour, le four alimenté au gaz naturel est le même depuis 1940. Les moules, les tables pour refroidir le chocolat et la majorité des outils pour faire les délicieuses friandises n’ont pas changé.
« Nous avons les mêmes fournisseurs depuis l’ouverture. Ça a ses avantages. Une année, à Noël, j’ai manqué de boites. Ils sont venus me les livrer en soirée. Aucun autre fournisseur ne ferait cela pour nous », s’exclame la propriétaire actuelle et la petite-fille de la fondatrice, Stéphanie Saint-Denis.
L’aventure débute en 1940, en pleine Deuxième Guerre mondiale. En tant que sœurs aînées, Madeleine et Juliette Daigneault doivent subvenir aux besoins de leur famille, puisque leur père vient de décéder et leur mère est malade. Elles décident donc d’ouvrir leur chocolaterie.
« C’est mon grand-père qui a du signé le certificat d’incorporation, parce qu’elles n’avaient pas le droit, en tant que femmes. Dès les débuts, elles embauchaient que des femmes qui, comme elles, avaient besoin de travailler pour soutenir leur famille. C’était une cohorte de madames tissée serrée », rigole la propriétaire actuelle et petite-fille de Madeleine Daigneault, Stéphanie Saint-Denis.
Pendant la guerre, les clients apportaient leur ration de sucre pour que Madeleine et Juliette leur concoctent des sucreries avec des méthodes traditionnelles européennes.
La communauté du Mile End a rapidement adopté les deux sœurs et les ont soutenues.
La chocolaterie s’est ainsi développée, à l’aide du bouche à oreille, du support des commerçants de l’avenue du Parc et d’une clientèle fidèle. En 1987, Madeleine Daigneault a cédé les rênes à sa fille Nicole Saint-Denis.
« Maman a fait la transition vers ses 35 ans. Elle a ouvert un total de cinq points de vente. Puis, elle a pris sa retraite en 1994, en même temps que mon père. Ma grand-mère a alors repris la chocolaterie jusqu’à mon arrivée en 2007 », continue Mme Saint-Denis.
Elle avait alors 38 ans. Elle souligne que si elle n’avait pas décidé de reprendre l’entreprise familiale, sa grand-mère aurait tout simplement fermé boutique.
Un héritage de traditions
À son arrivée, Mme Saint-Denis assure ne pas vouloir refaire la roue.
Les deux femmes étaient très proches. Le décès de Madeleine en 2013, au vénérable âge de 97 ans, a donc été une grande épreuve dans la vie de Stéphanie.
« C’est sûr que ça a été dur. Je m’ennuie beaucoup d’elle », mentionne la nouvelle propriétaire de Chocolats Andrée.
Des changements…et l’avenir ?
Bien que le chocolat est toujours complètement artisanal, quelques changements se sont opérés depuis l’arrivée de Stéphanie Saint-Denis.
« Nous offrons maintenant le service de livraison. Depuis trois ans, nous avons aussi fait le saut sur le web. En 2011, la première année de notre site, 25 % de mes ventes de Noël ont été par le biais de ce médium. Ça nous permet de rejoindre plus facilement une clientèle qui ne saurait tout simplement pas qu’on existe autrement », affirme Mme Saint-Denis.
La relève serait peut-être même assuré, avec la fille de Stéphanie Saint-Denis, Corinne, qui donne un coup de main.
« Des fois, elle arrive et me demande ce qu’il y a à faire. D’autres fois, elle décide qu’elle répond au téléphone ou fait des boites. Elle est super bonne en plus! Elle s’occupe aussi du compte Instagram et de nos réseaux sociaux. Elle sait qu’étant une fille, si elle veut reprendre la boutique, elle pourra. Des fois elle me demande: « Qui va reprendre la chocolaterie après toi? » Et je lui réponds: « Toi, si tu en as envie » », conclut tout sourire Mme Saint-Denis.