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Commission d'enquête

À mon retour au travail, après deux semaines de vacances pleinement méritées, je croyais bien l’avoir tranquille. Mais non, ma première affectation fut de pondre un discours pour le party d’ouverture du nouveau bâtiment qui allait abriter les bureaux des divers syndicats de la construction.

 

À mon retour au travail, après deux semaines de vacances pleinement méritées, je croyais bien l’avoir tranquille. Mais non, ma première affectation fut de pondre un discours pour le party d’ouverture du nouveau bâtiment qui allait abriter les bureaux des divers syndicats de la construction.

Comme d’habitude j’étais à la dernière minute et je n’avais encore rien écrit. Heureusement, j’avais deux heures de route à faire pour me rendre à destination. J’avais quelques mots et idées clés que je voulais ploguer :

-Bâti solidement pour résister à toutes les tempêtes, même celles d’envergure nationale.

-Bâti avec une force brute, digne d’un homme de main.

– À vous tous bâtisseurs, n’oubliez pas que toute vérité n’est pas bonne à dire et n’est dite que sous contrainte et jamais volontairement.

Proche de ma destination, je vois une horde de zombies qui tentent de franchir la clôture qui les sépare du bâtiment. Je me stationne puis m’approche tranquillement, de peur de me faire dévorer le cerveau, quand je m’aperçois que ce ne sont pas des zombies, mais des manifestants indignés. Gentils comme des toutous, ils me laissent passer.

Dans la grande salle, le party va bon train. L’alcool coule à flot et quelqu’un a eu l’idée géniale de le servir dans des pots comme à la Distillerie. Je me prends donc un pot de vin et demande où se trouve mon patron pour lui faire part de mes premières idées pour son discours. On me dirige vers une salle au fond d’un couloir.

Mon boss est là, assis dans une chaise de coiffeur, des bigoudis dans les cheveux.

-Vous êtes en retard, j’avais peur que vous m’ayez abandonné comme votre prédécesseur, me dit-il.

– Oh non, non, pas de danger. Depuis le temps que j’attends d’être payé pour écrire, je ne vais surtout pas vous lâcher. Encore moins avec les pensions que vous offrez.

– Alors, mon discours, il est écrit ?

-Pas tout à fait, il manque encore quelques…

La porte s’ouvre, et le sosie de l’homme de la construction des Village People entre :

-Heille, tu nous avais promis de ne pas faire de commission sous aucune forme.

– Ce que je vous avais dit, il y a deux ans de cela, c’est de vous préparer au cas où je serais forcé. Vous avez eu en masse de temps pour vous arranger.

-Une promesse c’est une promesse et vous l’avez brisée. Nous aussi on peut briser des choses aux besoins.

-Votre contrat avec nous vient bientôt à échéance, je me trompe ? Ça serait dommage qu’on ne refasse pas des affaires ensemble.

– Et ça serait dommage que vous perdiez votre poste.

Les deux se dévisagent puis le Village People quitte la salle. Presque aussitôt, un des assistants de mon patron entre :

Boss, si vous ne changez pas votre fusil d’épaule quand à votre position sur cette commission, je démissionne et deviens, dépendamment de mon intérêt, soit indépendant où je vais chez un de nos concurrents.

-C’est votre choix, mais pensez-y bien. Malgré tout ce qui se passe, nos adversaires n’arrivent pas à nous rejoindre dans les sondages. Alors si vous préférez votre conscience au pouvoir, je ne ferai rien pour vous retenir.

L’Assistant grogne puis sort de la salle. Presque aussitôt, un homme, les yeux bandés et une balance à la main entre :

– Me prenez-vous pour un aveugle ? Sachez que le bandeau qui couvre mes yeux ne m’empêche pas de voir vos magouilles. J’exige que mes employés puissent faire appeler des gens à la barre et les contraintes, tels des fiers-à-bras, à avouer ce qu’ils savent.

– Bon, ok, ok. Ils pourront, si nécessaire, me demander la permission d’agir, et je verrai si j’accorde ou pas la faveur. C’est bon ?

– J’accepte.

L’homme sort de la salle, content.

-Monsieur, vous venez de renier votre annonce d’il y a une semaine ?

-Pas du tout. S’ils font la demande, je vais dire non, c’est tout.

– Comment faites-vous pour toujours vous en sortir ainsi ?

Une femme s’approche de mon patron, une bouteille entre les mains. C’est de l’huile. Elle verse le liquide sur ce dernier. Il pointe le liquide.

– Ça permet de tout faire couler. Comme sur le dos d’un canard.

La coiffeuse entre dans la salle. Elle vérifie une frisette de mon boss.

– Vous êtes prêt, monsieur.

-Parfait ! Alors ce discours ? Hé puis laissez faire, je me sens en forme aujourd’hui. Je vais improviser.

En sortant, il croise son bras droit qui lui dit :

-Soyez rassuré, j’ai défendu votre position avec force.

-Merci, mais je vais leur dire le contraire.

-Pourquoi ?

-Parce que je tiens à mon poste.

Il passe de l’autre côté du rideau qui le sépare de la scène. Une salve d’applaudissements l’accueille.

 

 

 

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