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Dialogue de sourds

Comme je suis en pleins préparatifs de déménagement, je n’ai pas le temps cette semaine de vous concocter une histoire. J’ai donc fouillé dans mes archives et découvert cette aventure inédite, qui a été écrite il y a déjà quelques mois lorsque nous étions dans le peak du dernier hiver.  Il faisait dans les moins vingt quelque chose et les étudiants étaient tous en cours.

Ça fait déjà vingt minutes que j’attends l’autobus par un froid qui rendrait jaloux la Sibérie. J’avais respecté les instructions de la STM qui demande d’arriver cinq minutes d’avance à l’arrêt. Je n’avais pas pris de chance et j’y étais même depuis avant ça. Mais dix minutes après son heure de passage supposée, toujours pas de véhicule à l’horizon. Je maudis la STM comme certains maudissent Charest.

Concentré sur l’action de garder ma chaleur à l’intérieur de mon manteau troué, j’ai fait le saut quand mon cellulaire a émis sa sonnerie pour m’avertir  qu’un humain tentait de me joindre.  Je réponds :

–          Ost** de tabar*** de calis** de ciboi** de cr** de sac***** de rive-sud de mes deux.

C’était un de mes amis récemment déménagé sur la rive-sud après que sa blonde ait accouché de leur premier morv… enfant.  Désolé, mes engelures de bouches déforment certains de mes mots et de mes pensées.

Bref, il continue sa sainte litanie :

–          Ça fait presqu’une heure que j’suis parti de chez nous ! J’avance tellement lentement qu’y’a une famille de tortue qui vient de me dépasser !

–          Arrête de te plaindre. Au moins toi, t’as le cul bien au chaud sur ta banquette rembourrée pendant que moi, je me gèle les noix depuis 20 minutes. Pis le prochain bus est dans 15 minutes… s’il passe ! 

–          Arrête de te plaindre. Au moins toi, ton trajet te coûte le même prix qu’il soit de 10 ou 40 minutes. Moi, mon char y bois tellement de gaz qu’il est sur le bord de faire une cirrhose du moteur !

BIIIIIIIIPPPPPPPPPPPPPPPPP BIIIPPPPPPPPPPPPPPP BIPPPPPPPPPPPPPPPPPPP

–          Y’a un épais qui vient d’essayer de me couper. Pas de danger que ça t’arrive toi dans ton autobus !

FLOUCH !!!!

–          ARRRRRRRRRRRRRRRRRRRRRRRG !!!! J’viens de me faire éclabousser par un tata de char qui est passé à la vitesse de la lumière dans une flaque d’eau. J’dégouline de partout.  ARRRRRRRRRRRRRRRRR !!!!

–          T’as juste à retourner chez toi pis te changer. T’habites à deux minutes. Moi j’ai oublié mon lunch pis y’a aucune façon que je puisse retourner le chercher.

Je lève les yeux au ciel, découragé qu’il compare un lunch oublié à être trempé comme une lavette. Je souris quand j’aperçois un bus qui vient dans ma direction.

–          Haha ! J‘vois mon bus  arriver ! Ciao bye mon ami pris dans le trafic !

Je regrettai aussitôt mes paroles. Il fallait que je fasse diversion :

–          Donc, c’est comment la rive-sud à part le trafic ?

–          Bien… mais pourquoi tu changes de sujet ? On s’obstinait transport en commun contre voiture.

–          Ben, on avait fait le tour de la question, non ?

–          Ce n’était pas ton bus hein ?

–          Non, c’était un bus en transit, calvaire.

J’entends mon ami s’esclaffer.

–          Oh, moi on dirait que ça avance. 10, 20, 30 km. Je crois qu’on est parti mon kiki. Je vais devoir te laisser.

IIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIII

–          Humm, on dirait un bruit de freinage, non ?

–          Fait pas ton smath le smath, ok !

–          C’est juste une question… Oh là c’est vrai, mon bus est là.

J’entre. Ma carte prend 30 secondes avant d’acquitter son droit de passage. J’essaie d’avancer mais il y a une foule compacte.

–          Juste au son, j’peux dire que ça sonne ben ben ben tassé ?

–          Tu te penses drôle ?

–          Pis l’odeur ? C’est comment ?

–          Heille !

–          Oui ?

–          Rien. Es-tu toujours en train de lire le livre que je t’ai prêté ?

–          Oui. C’est vraiment bon.

–          Ben le meurtrier c’est le voisin.

–          T’es ben chien

–          T’es dans un char, ça se paie.

Et je raccroche, fâché.

J’veux un char.

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