59 mises à pieds, 59 familles ébranlées
« Ça fait un mois que nous savions que quelque chose se tramait, mais on ne nous a jamais dit de quoi il en retournait. Nous étions toujours dans l’inconnu. Notre qualité de vie en a pâti », indique Jade Wang, présidente du syndicat des travailleurs et travailleuses du département de qualité chez Sucre Lantic.
Pour Marie-Claude Boudreau, c’est plus que son emploi qu’elle a perdu, le 10 septembre dernier.
« Mon père travaille depuis 40 ans à Sucre Lantic et mon frère depuis 14 ans. Pour moi, cette entreprise avait quelque chose de familial. Je savais que quelque chose allait arriver, mais je ne pensais pas que ce serait si brusque. C’est comme si j’avais reçu une claque au visage », avoue celle qui a travaillé quatre ans à titre d’employé et sept ans à titre de journalière, pendant ses études.
Afin de sauver l’emploi de sa fille, Robert Boudreau a devancé sa retraite. Il espérait ainsi lui permettre de rester dans les rangs de Sucre Lantic, avec son frère.
« Malheureusement, j’étais trop bas dans la liste d’ancienneté. Il n’a pas pu me sauver », déplore-t-elle.
Pour Jean-François Pelland, c’est un casse-tête financier qui s’annonce pour le nouveau propriétaire.
« Ça bouscule une vie. Ma blonde et moi venons de nous procurer une maison et nous parlions de fonder une famille. Là, ça va retarder nos projets. Je dois rapidement me retrouver un emploi, mais c’est un milieu difficile », souligne l’ancien résident de Hochelaga-Maisonneuve, qui cumule cinq années au sein de Sucre Lantic.
« L’entreprise se drape de beaux atours sociaux en s’engageant dans le quartier Hochelaga-Maisonneuve. Pourtant elle se permet de mettre 59 personnes à la rue, rendant ainsi précaires 59 familles. C’est un drame pour ces personnes. Les travailleurs et leur famille ne méritaient pas que l’on supprime leur emploi au nom d’une soi-disant productivité », affirme Dominique Daigneault, président du Conseil central du Montréal Métropolitain.
Les employés ainsi que les membres du syndicat n’ont pas encore dit leur dernier mot. La manifestation du 18 septembre n’était qu’une première étape afin de dénoncer la situation.
« Si nous ne nous battons pas, nous ne nous ferons pas respecter. Nous voulons parler franchement avec eux afin de trouver une façon de faire rouler l’usine », soutient Mme Wang.
« Nous allons nous battre jusqu’à la fin afin d’obtenir quelque chose qui a du bon sens, et non que des miettes », ajoute David Bergeron-Dyr, vice-président de la Fédération du commerce-Confédération des syndicats nationaux.