Des médecins dénoncent la méthode Proaction
Le Guide de Montréal-Nord a obtenu une copie de la lettre adressée à la directrice générale du CSSSAMN, Diane Daigle. Spécifiant d’emblée qu’elles ne sont pas tenus de se conformer aux nouvelles méthodes prônées par Proaction, qui a reçu un mandat évalué à 500 000 $, ces neuf médecins rappellent toutefois que leur code de déontologie leur impose un devoir primordial de protéger et de promouvoir la santé et le bien-être des individus qu’ils servent. « Or, il est fortement permis de penser que les méthodes amenées par Proaction puissent nuire aux soins aux patients et il est de notre devoir de dénoncer de telles situations », écrivent-elles.
« Il est assez rare d’avoir un appui de cette taille venant de collègues médecins qui n’ont pas à subir directement les normes indiquées par cette firme. Toutefois, elles ont été les témoins de la dégradation du climat de travail qui prévaut dans les services de soutien à domicile des CLSC, mais aussi du non-respect de codes de déontologie des professionnelles qui travaillent auprès des personnes en perte d’autonomie », dit Marjolaine Goudreau, présidente du syndicat local de l’Alliance professionnelle des techniciens et techniciennes en santé et services sociaux (APTS), au sujet de cet appui.
Les outils administratifs d’optimisation instaurés par Proaction au CSSSAMN, comme dans plusieurs autres au Québec, impliquent que les actes professionnels doivent être minutés pour ce qui touche aux soins à domicile. Dans certains cas, des employés sont aussi accompagnés lors de leur journée de travail par un employé de la firme privée, lequel est chargé d’évaluer son travail et de produire des rapports.
Les neuf médecins qui ont écrit à la direction générale du CSSSAMN s’inquiètent. Selon elles, la situation actuelle met en péril la qualité des soins. Selon elles, la position du CSSS selon laquelle la méthode Proaction est efficace et la productivité est synonyme de qualité est « extrêmement réductrice », car on ne peut juger de la qualité des services rendus par le nombre de visites à domicile effectuées sans évaluer la qualité des soins donnés.
Elles dénoncent la méthode LEAN ou la méthode Toyota, sur laquelle repose en théorie celle de Proaction, en disant qu’elle cause un niveau élevé de stress sur les employés, une absence de marge de manœuvre pour les erreurs, une absence d’espace pour la créativité des employés et qu’elle surévalue l’importance des résultants présents par opposition aux résultats à long terme.
Les neuf femmes qui ont signé cette missive concluent en disant que le CSSSAMN n’a pas réussi à démontrer que ces problèmes sont pris en considération et qu’en ce moment, « il ne faut plus être en contact avec les gens du terrain pour ne pas voir la détresse qu’il y a chez les employés du soutien à domicile. »
Forts de cet appui, les différents syndicats qui représentent les travailleurs impliqués dans les soins à domicile (APTS, CSN, FIQ) « estiment que le ministre de la Santé et des Services sociaux et responsable des Aînés, Réjean Hébert », doit poser un geste fort pour rassurer ceux et celles qui, sur le terrain, doivent subir les méthodes inefficaces et autoritaires de cette firme privée ».
Le CSSSAMN préfère attendre avant de réagir
Invitée à réagir à cette prise de position de médecins, la direction du CSSSAMN a confirmé avoir reçu une « une correspondance signée de quelques médecins concernant les travaux de révision de l’organisation du travail des services de soutien à domicile », par la voix d’Isabelle Gagnon, conseillère-cadre en communications.
Rappelant que l’ensemble des CSSS de Montréal s’est vu donner par le ministère de la Santé et des Services sociaux et l’Agence de la santé et des services sociaux de Montréal un objectif d’amélioration de 10 % du temps direct passé auprès de la clientèle des services à domicile, et ce, avec les mêmes ressources, Mme Gagnon dit que les gestionnaires ont dû composer avec des demandes accrues, mais avec des ressources limitées.
« C’est sans compter que l’ensemble des établissements du réseau de la santé et des services sociaux est soumis aux enjeux d’amélioration de leur performance tant clinique qu’administrative », ajoute la porte-parole.
Mais au sujet de la sortie des médecins qui dénoncent les méthodes de Proaction et leurs conséquences sur les travailleurs et les bénéficiaires, la direction préfère ne pas faire de commentaires, car une rencontre est prévue dans les prochains jours avec les médecins « pour discuter avec eux de leurs préoccupations visant à assurer de répondre aux besoins actuels et futurs de la clientèle selon les standards de qualité reconnus. »