À la ligne d’arrivée avec Will Prosper
Le résident de Montréal-Nord était déjà familier avec ces pèlerinages si populaires auprès de la population haïtienne croyante, car des membres de sa famille éloignée y avaient déjà participé. « Beaucoup de fidèles partent des grandes villes américaines et lorsqu’ils s’arrêtent à l’Oratoire Saint-Joseph, ils en profitent pour rendre visite à leur famille qui est installée à Montréal », raconte Will.
Avec l’appui de la boîte de production Pimiento, le documentariste a accepté de réaliser son premier projet télé pour la chaîne Canal D. Il s’est d’abord rendu à New York pour rencontrer certains passagers qui allaient être à bord de l’autobus allant jusqu’au sanctuaire de Notre-Dame-du-Cap. Il a fait la connaissance d’Ange-Marie, propriétaire d’un nettoyeur à Queens, qui fait le voyage depuis 20 ans.
Il n’est pas rare de croiser des fidèles qui font le même trajet année après année. « Lors du voyage, ils peuvent faire des demandes, explique Will. Certains en font des plus sérieuses et demandent la guérison, mais j’en ai entendu des farfelues aussi, comme « Faites que mon fils se coupe les cheveux ». Si elles se réalisent, ils reviennent l’année suivante pour remercier la Vierge-Marie et formuler d’autres demandes. »
Une première commande
La prière est le maître dans ces rencontres et ces échanges. Il peut donc être difficile d’entrer dans le monde intime des pèlerins. Comme Will l’a constaté, ils veulent tous prêcher pour leur religion. Il a tout de même réussi à faire ressortir le côté plus humain de certains des passagers de l’autobus en direction de Notre-Dame-du-Cap. Ange-Marie fait partie de ceux qui se sont ouverts à la caméra.
Sa première commande de Canal D a d’abord été présentée à l’Office national du film (ONF), le 1er février. « Je me suis assis à l’arrière et j’ai regardé l’impact que le film a eu sur les gens, avoue Will. Après la présentation, certains sont venus me voir et m’ont dit « On a ri, on a réfléchi et on a pleuré ». Ça m’a beaucoup rassuré.»
Le résident de Montréal-Nord affirme avoir fait du chemin avant d’y arriver. Mais maintenant qu’il y est arrivé, il compte prendre la place qu’il s’est taillée. D’autres idées lui trottent dans la tête et il aimerait, entre autres, développer un projet autour de Montréal-Nord. « Le quartier m’habite, confie-t-il. Je l’ai vu changer, mais je connais encore chaque rue, chaque parc. » Malgré les orages qui ont grondé au-dessus de l’arrondissement et le changement qui est lent à arriver, Will n’envisage pas de partir. « Il y a beaucoup de richesse ici, dit-il. Quelqu’un qui réussit à s’en sortir; elle est là mon inspiration. »