Deux mille douze
Alors, qu’est-ce que 2012 nous réserve ? Il faudra d’abord suivre ce qui se passe de l’autre côté de l’Atlantique. Depuis décembre, la crise de l’euro connaît une accalmie qui a dissipé temporairement le vent de panique qui avait commencé à se lever. Mais des changements majeurs, intégrateurs ou destructeurs, auront forcément lieu sur ce continent durant l’année qui vient et le monde entier en sera affecté. On ne sait pas encore de quelle manière, mais il y aura des répercussion, qu’il s’agisse d’un abandon de l’euro, de l’implantation d’une taxe sur les transaction financières, d’États en faillite ou d’une austérité budgétaire telle, en Grèce, en Espagne et en Italie notamment, que les peuples se soulèveront.
De ce côté-ci de l’océan, les choses ne sont guère plus tranquilles. On aura des élections aux États-Unis où les partisans du Tea Party reprendront une rhétorique guerrière et repousseront à nouveau les frontières de la démagogie afin de battre le président en exercice, Barrack Obama, une figure qui n’est d’ailleurs plus l’ombre de ce qu’elle était lorsqu’elle franchissait sans fléchir chacune des échéances électorales qui l’on mené à la Maison blanche.
Côté populaire, le mouvement des indignés a transporté les idées altermondialiste, qui promeut un autre monde possible, sur le devant de la scène politique, ce qui constitue en soi un véritable tour de force. Les occupations ont été délogées mais les conditions d’existence de ce mouvement sont toujours là : quelque chose rejaillira.
Au Canada, Harper tentera d’aller plus avant dans sa refondation (royale) du Canada. On verra si cette offensive obscurantiste sur les institutions canadiennes sera suivie d’un reflux démocratique et séculaire ou si au contraire, elle modifiera durablement l’allure de cette confédération aux yeux de ses propres citoyens et du monde entier.
Chez nous au Québec, 2012 devrait être une année électorale. Et pas n’importe quelle élection : celle qui mettra vraisemblablement un terme, pour un temps du moins, à une phase de reconfiguration des forces politiques au Québec. Parmi les multiples possibilités, un retour au bipartisme québécois qui provoquerait l’effondrement de l’un des trois partis politique qui joueront leur avenir durant les prochaines élections : le Parti québécois (PQ), la Coalition Avenir Québec (CAQ), maintenant fusionnée à l’ADQ, et le Parti libéral du Québec (PLQ). L’effondrement de ce dernier est le scénario le moins probable mais sa défaite signifierait tout de même un changement de règne au gouvernement, ce qui est un événement majeur.
Chose certaine, la politique québécoise est en ébullition. Des mouvements, de gauche ou de droite, se multiplient. Le camp nationaliste se disloque, le PQ en fait les frais, mais cette situation peut tout à fait être comprise comme un signe de vitalité qui prépare un rebondissement. Pour sa part, la gauche québécoise, en recomposition depuis quinze ans, continue sa progression au sein et aux alentours de Québec solidaire.
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Et Montréal-Nord ? Resterons-nous en marge une fois de plus, un peu comme ce que l’on a observé aux élections fédérales alors que la vague orange n’est pas passée par ici ?
Ça serait dommage, d’autant plus que c’est bien cette fausse « réserve » qui laisse couver les pires sentiments dans nos quartiers. Voix amorphes d’élites administratives doublées voix amorphes d’élites communautaires alors que pendant ce temps, une précarité et une misère s’accentuent et, plus dangereux encore, est privée de voix.
Il sera intéressant d’observer en 2012 quel sera l’impact des nouvelles constructions, tels que les condos qui se bâtissent à une vitesse fulgurantes au coin des rues Langelier et Maurice-Duplessis. On se rappellera que le maire Deguire se réjouissait en 2011 de changer un peu le voisinage de sa populace, on verra comment se déroule la véritable intégration urbaine de ces projets qui s’inscrivent dans le contexte montréalais de ruée vers les condos. Elle est le résultat de la convergence entre la soif insatiable de profits rapides des promoteurs et un laisser-aller scandaleux des autorités en matière de logement.
Enfin, concluons avec le dossier policier puisque 2012 est à peine commencé que les policiers de Montréal ont déjà tué un réfugié politique iranien qui souffrait de troubles mentaux. Les pouvoirs publics n’ont toujours pas modifié adéquatement les procédures d’enquête sur les policiers qui tuent des gens. On ne les a pas désarmés non plus, ce qui serait sans contredit la meilleure solution. Cette inaction laissera planer à nouveau en 2012 un climat d’injustice sur les bavures policières, puisqu’il y en aura d’autres. Et si elles survenaient dans le « hood », à nouveau ?
Deux mille douze, c’est parti.