Café LYL
Je pense qu’Alejandra est la première à m’avoir parlé du Café LYL. « Es-tu certaine de ce que tu as vu ? », lui demandais-je, comme si la conversation portait sur un OVNI. Un petit café sympathique, chez nous, à Montréal-Nord ? Même Aïcha, lorsqu’elle a foulé la porte du café pour la première fois, a eu pour toute première réaction : « Ça alors, si j’avais su que ça existait ici, je serais venue y étudier durant la session. C’est bien plus zen qu’un Tim Horton..! »
Zen, c’est le moins qu’on puisse dire. On ajoutera volontiers « accueillant » et « chaleureux » en pensant aux propriétaires et aux couleurs de l’endroit. En tout cas, c’est précisément ce que l’on a recherche comme havre de paix lorsqu’on veut lire ou écrire dans un endroit vivant mais calme. Ça n’existait pas à Montréal-Nord.
Je ne sais même pas si on avait une machine à expresso dans tout l’Arrondissement avant le Café LYL !
J’exagère sans doute, mais ce qui est indéniable, c’est que les cafés sympathiques comme on en trouve dans les quartiers centraux de Montréal (ou dans toutes les villes agréables du monde, moi, le coup de foudre, ça été Buenos Aires…), à Montréal-Nord, il n’y en avait pas avant le Café LYL. Il y a depuis longtemps quelques cafés italiens, et plus récemment maghrébins, mais dans les deux cas, les lieux apparaissent quelque peu hermétiques. Et pas tranquilles du tout.
Pourquoi « LYL » ? J’ai posé la question à Saïd, le proprio. Les trois lettres reprennent une abréviation utilisée à notre époque dans l’univers virtuel et qui signifie « Love you lot ». Mais le son est d’abord celui qui correspond à la prononciation du mot « nuit », en arabe. Grosso modo. Saïd vous expliquera tout ça plus en détails lorsque vous y ferez votre tour.
Saïd et son épouse, Leila, qui travaillent d’arrache-pied dans ce café sont des gens charmants. Je connais Saïd depuis plusieurs années. Je l’ai croisé à plusieurs reprises, dans plusieurs contextes distincts mais qui chaque fois avaient pour base commune la quête d’une plus grande solidarité. Relever le défi d’ouvrir un café est dans ce contexte d’autant plus admirable. Et ardu. Pas simple de concilier affaires et solidarité. Certainement pas impossible, mais pas simple.
Cela dit, le renforcement du lien social via la culture pourrait être la clé du succès du Café LYL. Déjà, comme l’écrivait récemment Anabel Collin-Lalonde dans le Guide de Montréal-Nord, le Café LYL organise des soirées artistiques et culturelles. En association avec Café-Jeunesse multiculturel, des soirées micro-ouverts s’organisent chaque mois et s’adressent aux artistes en tout genre. Poésie, slam, baladi… Événement Hoodstock compte pour sa part y organiser régulièrement des visionnements de films et de documentaires. Bref, de la vie.
Cette vie et cette humanité que vous ne trouverez pas chez Tim Horton, cet autre bulldozer de la standardisation et l’aseptisation. Ce qui distingue les êtres humains des machines ou des animaux, c’est cette voûte par laquelle l’esprit s’élève lorsqu’on y déclenche des sentiments esthétiques. À l’inverse, un centre d’achat, par exemple, verrouille l’accès de cette voute et fait de nous des consommateurs fonctionnels, rien de plus.
C’est dire que le Café LYL, en somme, n’est pas seulement un endroit agréable que je vous recommande, c’est aussi par-là que passe, accessoirement, la survie de l’humanité. Allez donc y faire un tour.
Le Café LYL est situé 4707 Charleroi, tout près de l’intersection Drapeau.
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Je vous reviens à la mi-janvier. D’ici là, je vous souhaite de passer de Joyeuses Fêtes.
Guillaume Hébert
Pour me joindre : ted_hebert@yahoo.fr